Il y a une différence énorme entre voir et regarder. On voit tous les jours des dizaines de visages, dans le métro, au travail, dans la rue. Mais est-ce qu’on les regarde vraiment ? Est-ce qu’on prend le temps de deviner ce qui se cache derrière un sourire crispé ou un silence trop long ?

Regarder avec les yeux du Ressuscité, c’est autre chose que regarder avec nos yeux habituels, fatigués, pressés, parfois blasés. Le Christ ressuscité, quand il apparaît à ses disciples, il ne les regarde jamais avec reproche. Pierre l’a renié trois fois, et pourtant Jésus le regarde avec confiance, il lui redonne une mission. Les disciples d’Emmaüs sont tristes, découragés, et Jésus marche avec eux, il prend le temps de les écouter avant de se révéler.

C’est ça, le regard du Ressuscité : un regard qui ne s’arrête pas aux apparences, qui ne juge pas sur l’échec passé, qui voit toujours une possibilité de vie nouvelle chez l’autre. Dans notre monde actuel, on a tellement l’habitude de cataloguer les gens. Untel est « difficile », unetelle est « à éviter », tel autre « ne changera jamais ». On enferme les personnes dans des étiquettes, et souvent, elles finissent par y croire elles-mêmes.

Regarder avec le cœur du Ressuscité, c’est justement refuser cette prison des étiquettes. C’est croire que la personne devant nous, même si elle nous a blessés, même si elle a raté plusieurs fois, porte en elle une capacité de résurrection. C’est croire que rien n’est jamais définitivement fermé.

Concrètement, ça veut dire quoi aujourd’hui ? Ça veut dire regarder son voisin difficile avec un peu plus de patience. Ça veut dire ne pas enterrer quelqu’un sous prétexte qu’il a fait une erreur. Ça veut dire croire que le sans-abri qu’on croise a une histoire, une dignité, une valeur infinie, même si son apparence nous dérange.

Le Ressuscité nous invite à porter sur le monde un regard d’espérance active, pas naïve, mais confiante. Un regard qui relève plutôt qu’il n’enfonce. Et si on essayait, juste aujourd’hui, de regarder une seule personne comme ça ?

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