Il était une fois, au pied d’une colline, un vieux jardinier nommé Anselme. Ses mains étaient rugueuses, pleines de crevasses, et il boitait un peu. Il en avait honte, car son jardin voisinait celui de Marcel, un homme aux gestes parfaits, aux outils toujours brillants et aux rangs de légumes tirés au cordeau.

Chaque matin, Anselme soupirait : « Je ne serai jamais aussi doué que lui. » Pourtant, les enfants du village préféraient son jardin. Un jour, la petite Léa lui demanda pourquoi.
— Parce que chez Marcel, on n’a pas le droit de toucher, dit-elle. Chez toi, on peut planter, se salir, se tromper.
Anselme sourit. Il se souvint qu’il avait si souvent laissé tomber des graines, arraché de bonnes plantes par erreur, oublié d’arroser. Ses maladresses, il les racontait aux enfants en riant : « Ici, j’ai planté les carottes à l’envers ! » Et les enfants, rassurés, osaient essayer à leur tour.
Un été, une grande sécheresse frappa la région. Le jardin de Marcel, si parfait, se fana : il n’avait jamais accepté de laisser pousser les « mauvaises herbes » qui gardent l’humidité. Celui d’Anselme, un peu désordonné, résista bien mieux, car ses plantes se protégeaient entre elles.
Marcel vint frapper à sa porte, gêné : — Anselme, apprends-moi ton secret. — Mon secret ? dit le vieil homme en montrant ses mains fendues. J’ai appris à accepter mes erreurs. Elles m’ont appris à laisser de la place aux autres.
Depuis ce jour, les deux voisins cultivèrent ensemble, et le village entier apprit que ce sont souvent nos imperfections qui font pousser les plus belles récoltes.

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