Il était une fois, dans un petit village niché au creux d’une vallée, un marchand ambulant qui arrivait chaque année avec sa charrette pleine de miroirs. Mais ces miroirs n’étaient pas ordinaires : chacun déformait la réalité d’une façon particulière.

Le premier miroir rendait tout le monde plus beau, plus riche, plus heureux qu’en réalité. Les villageois se pressaient devant lui, fascinés par cette version idéalisée d’eux-mêmes. Ils commencèrent à négliger leur vrai reflet dans l’eau du puits, préférant l’image flatteuse du miroir magique.
Le deuxième miroir, lui, grossissait démesurément les défauts des autres. Un villageois nommé Anselme s’en servait sans cesse pour observer ses voisins. Il voyait leurs moindres travers grossis dix fois, et cela le rendait méprisant, dur, incapable de supporter qui que ce soit.
Le troisième miroir montrait le monde en permanence sombre et menaçant, peu importe la beauté du jour. Une vieille femme du nom de Solange s’y regardait chaque matin et sortait ensuite terrifiée, persuadée que le village était rempli de dangers invisibles.
Un jour, une petite fille du nom de Lina, curieuse et espiègle, décida de ne jamais toucher ces miroirs. Elle préférait observer le monde directement, avec ses propres yeux : le vrai visage ridé mais tendre de sa grand-mère, les défauts réels mais supportables de ses amis, la beauté simple d’un ciel parfois gris, parfois éclatant.
Un vieux sage du village la remarqua et lui demanda pourquoi elle refusait ces miroirs si populaires. Lina répondit simplement : « Parce que je préfère voir la vérité, même imparfaite, plutôt qu’un mensonge, même joli. »
Le sage sourit et lui offrit un cadeau : une simple lanterne. « Cette lumière ne déforme rien, dit-il. Elle éclaire seulement ce qui est déjà là. »
Avec le temps, Lina devint connue dans tout le village pour sa capacité à voir clair, à ne jamais se laisser tromper par les apparences trompeuses. Elle apprit aux autres à poser, eux aussi, leurs miroirs déformants, et à retrouver leur propre lanterne intérieure.
Et depuis ce jour, chaque fois que quelqu’un dans le village se laissait aveugler par l’orgueil, la peur ou la comparaison, on lui rappelait doucement : « As-tu pensé à reposer ton miroir et à rallumer ta lanterne ? »

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