Frères et sœurs,

Pierre pose une question qui nous parle à tous : « Combien de fois dois-je pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Il pense être généreux. Et Jésus lui répond : « Pas sept fois, mais soixante-dix fois sept fois. » Autrement dit : arrêtez de compter.

On vit dans un monde qui compte tout, qui garde tout en mémoire. Les réseaux sociaux n’oublient rien : une parole maladroite prononcée il y a dix ans peut ressurgir et vous détruire une réputation en une soirée. On appelle ça la « cancel culture », cette culture de l’annulation où l’erreur d’une personne devient une condamnation à vie, sans possibilité de retour. On juge, on tranche, on efface les gens. Et dans nos vies plus ordinaires, combien d’entre nous gardons une liste, quelque part au fond de nous, des torts qu’on nous a faits ? Une dispute en famille qui dure depuis des années, un collègue qu’on ne peut plus voir, un ami qu’on a rayé de sa vie pour une parole blessante.

La parabole que Jésus raconte est violente, presque choquante. Un serviteur doit une somme astronomique à son roi — une dette impossible à rembourser, l’équivalent de plusieurs vies de travail. Le roi, ému, lui remet tout. Et ce même serviteur, à peine sorti, étrangle un collègue qui lui doit une somme dérisoire en comparaison. Jésus nous met devant un miroir : nous sommes ce serviteur. Nous avons tous reçu bien plus que ce que nous pourrons jamais rendre. Dieu nous pardonne sans compter, et nous, on regarde le voisin avec sa petite dette et on refuse de lâcher prise.

Regardez ce qui se passe dans le monde aujourd’hui : des conflits qui durent depuis des générations, des pays qui se déchirent parce que personne n’a voulu faire le premier pas vers la réconciliation, des familles brisées par des rancunes transmises d’une génération à l’autre. Le cycle de la vengeance ne s’arrête jamais tout seul. Il faut quelqu’un qui décide, un jour, de le briser.

Pardonner, ce n’est pas oublier, ce n’est pas dire que le mal n’a pas existé, ce n’est pas non plus se laisser faire indéfiniment. Pardonner, c’est refuser de laisser la blessure décider de qui je suis. C’est choisir de ne pas transmettre le poison qu’on m’a fait avaler.

Alors cette semaine, demandons-nous : quelle dette est-ce que je traîne contre quelqu’un ? Quel appel n’ai-je pas passé, quel message n’ai-je pas envoyé par fierté ? Dieu ne compte pas nos fautes. Apprenons, nous aussi, à ne plus compter.

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