Il était une fois, dans un village au pied des montagnes, un vieux marchand nommé Mathis qui parcourait les chemins avec un sac sur le dos. Ce sac était lourd, si lourd que Mathis marchait courbé. Chaque fois qu’il vivait une peine, il glissait une pierre dans son sac : une pierre pour son épouse partie trop tôt, une pour son fils parti au loin, une pour les années de misère.

Un soir d’automne, il s’assit près de la fontaine, épuisé. Une petite fille, Léna, vint s’asseoir à côté de lui.
— Pourquoi tu portes ce gros sac, grand-père ? demanda-t-elle.
— Ce sont mes peines, ma petite. Elles sont à moi, personne d’autre ne peut les porter.
Léna réfléchit, puis tendit ses petites mains.
— Alors donne-m’en une, juste une. Je la porterai jusqu’à la grange.
Mathis sourit, un peu surpris. Il choisit la plus petite pierre. Léna la serra dans sa paume et marcha avec lui. En chemin, elle lui raconta sa journée, ses peurs, ses rêves. Et Mathis, sans s’en rendre compte, se redressa un peu.
Le lendemain, un voisin, le forgeron, proposa de porter le sac jusqu’au pont. Puis la boulangère en prit un bout jusqu’à la place. Chacun portait une pierre, un instant, et chacun avait aussi ses propres pierres, qu’il confiait à son tour.
Quand le soir tomba, Mathis arriva chez lui, le dos droit. Son sac n’était pas vide, mais il pesait moins que jamais.
Il comprit alors que les peines ne disparaissent pas toujours, mais qu’elles deviennent plus légères quand on ose les partager.

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