Frères et sœurs, nous voici arrivés au trente-deuxième dimanche du temps ordinaire, et l’Évangile que l’Église nous propose est celui des dix jeunes filles, les cinq sages et les cinq étourdies, qui attendent l’époux avec leurs lampes. Et la question que nous pouvons nous poser ce matin, c’est : comment nous préparer, concrètement, à vivre cette Parole ?

Regardons d’abord ce qui se passe. L’époux tarde. Voilà le point de départ : il tarde. Et toutes, sans exception, s’assoupissent et s’endorment. Les sages comme les étourdies. Ce n’est donc pas le sommeil qui fait la différence. Cela devrait nous rassurer : Jésus ne nous demande pas d’être des héros de la vigilance, toujours tendus, toujours sur le qui-vive. La différence, c’est l’huile. Les unes ont pris de l’huile en réserve, les autres non.
Alors, qu’est-ce que cette huile ? Et surtout, comment faire provision d’huile dans notre vie d’aujourd’hui ?
Pensons à notre monde. Nous vivons à toute vitesse. Les nouvelles défilent sur nos téléphones, les crises s’enchaînent, les guerres, les tensions économiques, l’inquiétude pour l’avenir de la planète, pour l’avenir de nos enfants. On nous demande d’être réactifs, connectés, disponibles en permanence. Et pourtant, beaucoup d’entre nous se sentent à court. À court de force, à court de sens, à court d’espérance. On court, on court, et un soir, on s’aperçoit que la lampe vacille.
C’est là que l’Évangile nous parle. L’huile, ce sont ces réserves intérieures que personne ne peut remplir à notre place. Et c’est bien ce que disent les sages quand les autres leur demandent de partager : « Non, il n’y en aurait pas assez pour nous et pour vous. » Cela peut nous sembler dur, presque égoïste. Mais Jésus veut dire quelque chose de profond : la foi, la relation avec Dieu, la capacité d’aimer, cela ne se prête pas comme un objet. On ne peut pas vivre sur la foi des autres, ni sur celle de ses parents, ni sur celle de la paroisse. Chacun doit entretenir sa propre flamme.
Alors, comment se préparer ? D’abord, en prenant du temps pour Dieu, même un peu, mais régulièrement. Un petit moment de silence le matin, avant d’allumer l’écran. Quelques minutes avec la Parole, un psaume, un Notre Père dit lentement. Ce sont des gouttes d’huile. Une goutte, ça ne se voit pas, mais mises bout à bout, elles font une réserve.
Ensuite, en nourrissant la charité concrète. L’huile, c’est aussi ce que nous faisons de petit et de gratuit : un coup de téléphone à une personne seule, un service rendu sans bruit, un pardon accordé, un mot de réconciliation dans une famille fatiguée par les disputes. Dans un monde où l’on est vite tenté de se replier, de juger, de s’indigner sur les réseaux, choisir la bienveillance, c’est remplir sa lampe.
Et puis, accepter d’attendre. Notre époque n’aime pas l’attente. Tout doit être immédiat, tout de suite, en un clic. Or l’époux tarde. Dieu a son temps. Il y a des périodes de la vie où l’on a l’impression qu’il ne se passe rien, où la prière semble sèche, où l’Église nous déçoit, où le monde nous paraît sombre. C’est précisément là qu’il faut tenir, avec confiance, sans désespérer. L’attente n’est pas du temps perdu : c’est le temps où se prépare la rencontre.
Enfin, remarquons que l’Évangile se termine par une invitation : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » Ce n’est pas une menace, c’est un appel à vivre pleinement le présent. Ne pas remettre à plus tard ce qui compte : se réconcilier, dire merci, dire « je t’aime », s’engager, prier. Les événements de notre époque, les deuils, les imprévus, les fragilités que nous traversons, nous rappellent combien la vie est précieuse et brève. Mais cette conscience ne doit pas nous angoisser : elle doit nous rendre attentifs, présents, vivants.
Alors, frères et sœurs, cette semaine, posons-nous simplement la question : où est mon huile ? Qu’est-ce qui entretient ma flamme ? Et que puis-je faire, dès aujourd’hui, pour ne pas laisser ma lampe s’éteindre ? Car l’Époux vient, il est déjà là, il frappe à notre porte. Et la salle des noces est ouverte à ceux qui, même fatigués, même endormis parfois, ont gardé au creux de leur lampe un peu de cette huile qui s’appelle la foi, l’espérance et l’amour.
Que le Seigneur nous donne de veiller avec joie, pour entrer, un jour, avec lui, dans la fête

Votre commentaire