Il était une fois, dans un village au bord d’une grande rivière, un vieux passeur nommé Elias. Chaque jour, il conduisait les gens d’une rive à l’autre dans sa barque de bois. Sur la rive d’où l’on partait, on connaissait tout : les maisons, les champs, les habitudes. Sur l’autre rive, personne n’était jamais revenu pour raconter ce qu’il y avait.

Un matin, une petite fille nommée Lina s’approcha de la barque, les yeux pleins de larmes. « Mon grand-père doit traverser aujourd’hui, dit-elle. J’ai peur pour lui. Et si l’autre rive était vide et sombre ? »
Elias sourit doucement. « Viens, je vais te montrer quelque chose. » Il la fit monter dans la barque, et ils avancèrent lentement sur l’eau. Au milieu de la rivière, un épais brouillard les enveloppa. Lina serra la main du vieil homme. Puis, soudain, le brouillard se déchira.
Devant eux, une lumière dorée baignait une rive immense, couverte de prairies fleuries, de rires et de chants. Des visages joyeux faisaient de grands signes. Lina reconnut sa grand-mère, partie depuis longtemps, qui ouvrait les bras.
« Le brouillard, dit Elias, c’est la seule chose qui fait peur. Mais ce n’est qu’un passage. De l’autre côté, la vie est plus vraie, plus claire, plus pleine que tout ce que tu as connu. »
Quand le grand-père traversa à son tour, il serra Lina dans ses bras et murmura : « Ne pleure pas, petite étoile. Je ne pars pas, je m’éveille. »
Depuis ce jour, Lina ne craignit plus la rivière. Et chaque fois qu’elle voyait le brouillard monter, elle souriait : elle savait que derrière lui, la lumière attendait.

Votre commentaire