Il était une fois, dans un village au bord d’une rivière, un jeune potier nommé Élias. Il rêvait de fabriquer le vase parfait, sans le moindre défaut. Chaque matin, il pétrissait l’argile, tournait, polissait. Mais chaque fois, il trouvait une petite imperfection : une bosse, une trace de doigt, une légère fissure.

Alors, découragé, il brisait ses œuvres et recommençait. Les mois passèrent, et son atelier ne contenait plus que des débris.

Un jour, une vieille potière du village passa devant sa porte et vit les morceaux entassés.

— Pourquoi casses-tu tout ? demanda-t-elle. — Parce que rien n’est parfait, soupira Élias.

La vieille dame sourit, prit un petit vase fêlé qu’il avait mis de côté, et le remplit d’eau. Puis elle le posa sur le rebord de la fenêtre, où le soleil du matin entrait. La lumière traversa la fissure et dessina sur le mur un motif doré, magnifique, qui dansait comme une rivière.

— Regarde, dit-elle. Ce vase ne serait qu’un vase. Grâce à sa fêlure, il laisse passer la lumière.

Élias resta silencieux. Il comprit que ce qu’il appelait défaut était, parfois, ce qui rendait l’objet unique et vivant.

Dès lors, il cessa de chercher la perfection. Il se mit à faire de son mieux, jour après jour, un peu plus soigneusement qu’hier. Ses vases avaient des marques, des irrégularités, mais ils racontaient une histoire. Et bientôt, on vint de loin pour les acheter.

Quand on lui demandait son secret, Élias répondait :

— Je n’ai pas fait de vases parfaits. J’ai appris à aimer ceux que je faisais, et à les améliorer petit à petit.

Moralité : la perfection n’est pas l’absence de failles, mais la douceur avec laquelle on avance malgré elles.

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