Il était une fois, dans un petit village au pied de la montagne, deux voisins, Aubin et Mathis. Pendant des années, ils s’étaient aimés comme des frères. Puis un jour, une dispute éclata à cause d’une branche d’arbre qui dépassait d’un jardin à l’autre. Les mots devinrent durs, les regards froids. Aubin décida de construire un mur entre leurs deux terrains. Chaque jour, il y posait une pierre, en se disant : « C’est lui qui a tort ! » De l’autre côté, Mathis en faisait autant.

Le mur grandit, grandit, jusqu’à devenir si haut qu’ils ne pouvaient plus se voir. Mais bizarrement, plus le mur montait, plus leur cœur devenait lourd. Aubin ne dormait plus. Mathis avait perdu l’appétit. Chacun portait en lui un poids qu’il ne comprenait pas.
Un soir d’orage, la pluie s’abattit sur le village. Le vieux toit de Mathis se mit à fuir. Aubin, de l’autre côté du mur, entendit les cris de son voisin. Son cœur se serra. Il se souvint de toutes les fois où Mathis l’avait aidé. Il comprit alors qu’il n’avait pas été juste, lui non plus. Il prit une pierre du mur, puis une deuxième, puis une troisième, jusqu’à ouvrir un passage.
Mathis, surpris, le vit apparaître, trempé de pluie. « J’ai été têtu, dit Aubin. Pardonne-moi. » Mathis, les larmes aux yeux, répondit : « Moi aussi, j’ai eu tort. Pardonne-moi. »
Ensemble, ils réparèrent le toit, puis démontèrent le mur, pierre après pierre. Avec ces pierres, ils construisirent un banc, au milieu des deux jardins. Chaque soir, ils s’y asseyaient pour discuter.
Et le village raconte encore : « Le plus grand courage n’est pas de bâtir un mur, mais d’oser dire pardon. »

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