Il était une fois, dans une ferme au pied d’une colline, un coq nommé Rodrigue. Il avait un plumage superbe, une crête rouge éclatante, et une voix qui portait loin. Mais Rodrigue était vaniteux. Chaque matin, il montait sur le toit du poulailler et criait : « C’est moi qui fais lever le soleil ! Sans mon chant, la journée ne commencerait jamais ! » Les poules haussaient les épaules. Le vieux cheval soupirait. Le chat, lui, ricanait dans son coin. Un matin, Rodrigue décida de monter encore plus haut : au sommet du grand chêne, pour qu’on l’entende de tout le pays. Il grimpa, battit des ailes, gonfla sa poitrine, et lança son plus beau cri. Mais le soleil se leva exactement à la même heure, comme tous les jours, sans se soucier de lui. Vexé, Rodrigue voulut crier plus fort encore. Il se pencha, perdit l’équilibre, et dégringola de branche en branche, jusqu’à atterrir dans la mare, éclaboussant tout le monde. Les canards éclatèrent de rire. Rodrigue, trempé, humilié, resta longtemps sans voix. Ce fut la petite poule grise qui vint vers lui : « Tu sais, Rodrigue, ton chant est beau. Mais il est beau parce qu’il réveille la ferme, pas parce qu’il commande au soleil. » Le coq baissa la crête. Dès le lendemain, il chanta depuis le poulailler, simplement, joyeusement. Et chose étrange : jamais on n’avait autant aimé l’entendre. Moralité : celui qui veut toucher le ciel finit souvent dans la mare ; celui qui chante à sa place fait lever le sourire de tous.

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