
Frères et sœurs,
Il y a quelques jours encore, on voyait défiler sur nos écrans des images de conflits, de familles déchirées, de communautés qui se déchirent pour des broutilles qui finissent par devenir des fractures immenses. Et puis, il y a nos propres histoires, plus discrètes, mais tout aussi réelles : ce silence qu’on entretient avec un frère, une sœur, un collègue, depuis des mois, parfois des années, parce qu’un jour, quelque chose s’est brisé et qu’on n’a jamais su comment le réparer.
C’est exactement de cela que Jésus nous parle aujourd’hui. Et ce qui frappe, c’est le concret de sa méthode. Il ne dit pas « pardonne et n’en parle plus », il ne dit pas non plus « publie ton indignation pour que tout le monde sache qui a tort ». Non. Il dit : va le trouver, seul à seul. C’est tellement à contre-courant de notre époque, non ? Aujourd’hui, quand on est blessé par quelqu’un, le réflexe c’est souvent le réseau social, le message groupé, le clan qu’on rallie à sa cause pour se sentir moins seul et surtout pour avoir raison à plusieurs. On expose, on dénonce, on cherche des témoins avant même d’avoir cherché la vérité en tête-à-tête.
Jésus, lui, propose l’inverse : la discrétion d’abord, le respect de la personne avant tout. Aller vers l’autre seul à seul, ce n’est pas de la faiblesse, c’est un acte de courage immense. C’est plus facile d’écrire un message assassin depuis son canapé que de regarder quelqu’un dans les yeux et de lui dire : « tu m’as blessé ». Mais c’est cette démarche-là, exigeante, qui respecte la dignité de l’autre. On ne cherche pas à écraser, on cherche à réconcilier, à « gagner un frère », dit le texte. Pas à gagner un procès.
Et cette fraternité n’est pas de la mièvrerie non plus. Trois étapes sont proposées, avec fermeté si besoin, jusqu’à la communauté entière. Parce que la vérité et la charité doivent marcher ensemble : dire la vérité sans amour, c’est de la violence ; aimer sans dire la vérité, c’est de la complaisance qui n’aide personne à grandir.
Et puis cette parole magnifique à la fin : « là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». Dans un monde qui divise, qui monte les gens les uns contre les autres, qui préfère l’audience au dialogue, le Christ nous rappelle que sa présence se manifeste précisément là où des humains cherchent, ensemble, la réconciliation.
Alors peut-être que cette semaine, il y a un nom qui nous vient à l’esprit. Une personne à appeler, à voir, seul à seul. Le courage de la rencontre plutôt que la facilité du silence ou de l’accusation publique. C’est peut-être ça, notre mission de la semaine.

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