Il était une fois, dans une forêt immense, un jeune chêne qui n’était pas content de lui-même. Tous les jours, il regardait le peuplier voisin, si grand, si droit, qui montait vers le ciel avec une élégance folle. « Si seulement j’étais mince et haut comme lui », se disait le chêne en regardant ses branches épaisses et tordues.

Puis il observait le saule pleureur près de la rivière, avec ses longues branches gracieuses qui dansaient dans le vent. « Si seulement j’avais cette souplesse, cette légèreté », soupirait-il encore.

Le chêne passait ses journées à envier les autres arbres de la forêt. Le sapin pour sa capacité à rester vert toute l’année, le cerisier pour ses fleurs magnifiques au printemps, le bambou pour sa croissance rapide. Il en oubliait de vivre, trop occupé à vouloir être différent de ce qu’il était.

Un jour, une terrible tempête s’abattit sur la forêt. Le vent soufflait si fort que les arbres se courbaient dangereusement. Le peuplier, si fier de sa hauteur, se brisa net, incapable de résister à la force du vent. Le saule perdit toutes ses belles branches, arrachées une à une. Même le bambou, malgré sa souplesse légendaire, fut couché au sol par la violence de la tempête.

Mais le chêne, avec ses racines profondément ancrées dans la terre depuis des décennies, avec son tronc épais et solide qu’il trouvait pourtant si disgracieux, resta debout. Ses branches tordues, celles-là mêmes qu’il détestait tant, absorbèrent les chocs du vent sans se briser.

Le lendemain, quand le calme revint, le chêne regarda autour de lui la forêt dévastée. Il comprit alors que sa force n’était pas dans sa ressemblance avec les autres, mais dans son authenticité, dans ce qu’il était vraiment : un chêne, solide et enraciné, différent, unique.

Depuis ce jour, le chêne cessa de vouloir être un autre arbre. Il devint pleinement lui-même, et c’est ainsi qu’il devint le plus heureux de la forêt.

Laisser un commentaire