Il y avait, au sommet d’une colline, un grand chêne qui se vantait d’être le plus solide de toute la forêt. « Moi, disait-il, je ne plie jamais. Je reste toujours droit, quoi qu’il arrive. C’est ça, la vraie force. »

À côté de lui poussait un jeune bambou, souple et discret, que le chêne regardait avec un peu de mépris. « Toi, tu te plies au moindre coup de vent, tu n’as aucune colonne vertébrale, » lui lançait-il souvent.

Le bambou ne répondait jamais, il se contentait de pousser, doucement, en s’adaptant aux vents qui passaient, tantôt à gauche, tantôt à droite, sans jamais se casser.

Un soir, une immense tempête s’abattit sur la colline. Le vent hurlait, la pluie frappait fort. Le chêne, fidèle à sa promesse, resta parfaitement droit, refusant de plier même d’un centimètre. « Je ne changerai pas, » répétait-il entre chaque rafale. « Je suis fidèle à moi-même. »

Le bambou, lui, se courbait sous chaque bourrasque, touchant presque le sol parfois, puis se redressant aussitôt que le vent faiblissait un instant.

Au matin, quand le soleil revint, le bambou était toujours là, un peu fatigué mais intact, ses racines bien ancrées dans la terre. Le chêne, en revanche, gisait au sol, brisé en deux. Sa rigidité, qu’il croyait être sa plus grande force, avait fini par le détruire.

Une petite fourrière qui passait par là s’arrêta près du tronc brisé et demanda au bambou : « Comment as-tu survécu alors que lui, si fort, n’a pas résisté ? »

Le bambou répondit doucement : « Je ne me suis jamais renié. Mes racines sont toujours restées les mêmes, profondément ancrées dans le sol qui m’a fait grandir. Mais j’ai accepté de plier quand la vie l’exigeait. Le chêne confondait fidélité et rigidité. Moi, j’ai compris que la vraie force, c’est de savoir revenir à sa position d’origine après s’être adapté, sans jamais perdre ses racines. »

Depuis ce jour, on raconte dans la forêt que les arbres les plus vieux ne sont jamais les plus raides, mais ceux qui ont appris, saison après saison, à plier sans jamais se déraciner.

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