Il était une fois, dans un petit village niché entre deux montagnes, un vieil homme qu’on appelait simplement « le veilleur ». Chaque soir, il montait sur la petite tour de pierre au centre du village et regardait l’horizon. Les gens se moquaient un peu de lui : « Pourquoi surveilles-tu, il ne se passe jamais rien ici ! »

Le veilleur répondait toujours la même chose : « Ce n’est pas parce que rien ne s’est passé aujourd’hui que rien ne se passera jamais. »

Un jour, une jeune fille du village, curieuse, monta le voir. « Dis-moi, veilleur, qu’attends-tu exactement ? Le village a toujours été tranquille. »

Le vieil homme sourit. « Je n’attends pas un danger précis. J’attends la vie, tout simplement. Un incendie peut naître d’une étincelle qu’on n’a pas vue. Un voyageur perdu peut avoir besoin d’aide en pleine nuit. Une naissance peut survenir plus tôt que prévu et nécessiter qu’on aille chercher la sage-femme au village voisin. Je ne sais pas ce qui viendra, mais je veux être là, éveillé, quand ça arrivera. »

La jeune fille resta silencieuse un moment, puis demanda : « Mais comment fais-tu pour ne pas être fatigué de veiller sans savoir quand quelque chose arrivera ? »

« Ah, » dit le veilleur, « c’est là le secret. Je ne veille pas dans l’angoisse, en craignant le pire à chaque instant. Je veille avec joie, en regardant les étoiles, en écoutant le vent, en profitant de la beauté de la nuit. La vigilance n’est pas une torture si on apprend à aimer ce qu’on garde. »

Des années passèrent. Un soir d’hiver, une tempête de neige surprit un groupe de voyageurs égarés près du village. C’est le veilleur, encore éveillé sur sa tour malgré son grand âge, qui aperçut leurs lumières faiblissantes au loin et donna l’alerte. Grâce à lui, tout le village se mobilisa et sauva les voyageurs à temps.

Ce soir-là, on ne se moqua plus du veilleur. On comprit enfin que sa présence tranquille, jour après jour, sans certitude de l’événement, avait rendu possible ce sauvetage inattendu. Depuis, dans le village, on dit aux enfants : « Veiller n’est pas attendre le malheur. C’est rester capable d’accueillir la vie, quelle que soit l’heure où elle se présente. »

Laisser un commentaire