Vous savez, quand on relit ce passage de l’Évangile selon saint Matthieu, celui où Jésus annonce sa passion et où Pierre, plein de bonne volonté, essaie de l’en détourner, on se dit que finalement, rien n’a vraiment changé depuis deux mille ans. On est toujours là, nous aussi, à vouloir épargner à ceux qu’on aime la souffrance, la difficulté, le sacrifice. Et Pierre, on le comprend tellement bien, non ? Il aime Jésus, il ne veut pas le voir souffrir, alors il lui dit « mais non, ça ne t’arrivera pas ». Et la réponse de Jésus est dure, presque brutale : « Arrière, Satan ! Tu es pour moi un obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Ça fait réfléchir, parce qu’aujourd’hui, on vit dans une société où on nous vend en permanence l’idée du confort à tout prix, de l’évitement de la douleur, de la performance sans effort. Regardez l’actualité : entre les crises économiques qui angoissent tout le monde, les guerres qui continuent de faire souffrir des populations entières, les catastrophes climatiques qui se multiplient… on a presque le réflexe de se dire « protégeons-nous, fermons les yeux, évitons ce qui fait mal ». Et c’est humain, c’est même Pierre qui nous le montre. Mais Jésus nous invite à autre chose : à ne pas fuir la croix, à ne pas fuir ce qui, dans nos vies, demande du courage, de l’engagement, parfois même du sacrifice.
Alors comment se préparer à vivre ce dimanche ? Je crois qu’il faut déjà accepter de se poser cette question toute simple que Jésus pose : « Que sert à un homme de gagner l’univers, s’il perd sa vie ? » On pourrait la traduire aujourd’hui autrement : à quoi ça sert de courir après la réussite sociale, la reconnaissance, l’image qu’on donne sur les réseaux sociaux, si au fond on perd le sens profond de notre existence, si on perd notre âme, notre capacité à aimer vraiment, à être authentique ?
Se préparer, c’est peut-être justement prendre un temps, cette semaine, pour se demander où sont nos vraies priorités. Est-ce qu’on est prêts, comme le dit l’Évangile, à « perdre sa vie » au sens de se donner, de se dépasser, pour quelque chose ou quelqu’un qui en vaut la peine ? Ça peut être dans nos familles, dans notre travail, dans notre engagement associatif, dans notre manière de nous soucier des autres, des plus fragiles, de ceux qui souffrent autour de nous.
Ce texte nous invite finalement à un retournement intérieur : ne pas chercher à sauver sa peau à tout prix, ne pas chercher le confort immédiat, mais accepter que porter sa croix, c’est-à-dire accepter les difficultés de la vie avec foi et espérance, c’est justement le chemin qui mène à une vie pleine, à une vie donnée, à une vie qui a du sens.
Alors peut-être que se préparer à ce dimanche, c’est tout simplement se dire : cette semaine, je vais essayer de regarder en face ce qui me fait peur, ce que j’évite, et me demander si Dieu ne m’appelle pas justement à traverser cela avec confiance, plutôt qu’à le fuir. C’est un vrai défi, dans le monde d’aujourd’hui où tout nous pousse à l’évitement et à l’immédiateté. Mais c’est peut-être là, dans cet effort de vérité avec nous-mêmes, que se trouve le vrai chemin vers la vie.

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