Il était une fois, sur une côte rocheuse battue par les vents, un vieux gardien de phare nommé Elouan. Chaque soir, il allumait la grande lumière pour guider les bateaux à travers les récifs invisibles dans l’obscurité.

Un jour, un jeune marin nommé Yann vint le voir, perdu dans ses choix de vie. Il voulait devenir riche vite, en participant à un commerce douteux qu’on lui avait proposé au port. « Tout le monde le fait, » disait-il, « et ça rapporte gros. »

Le vieil Elouan l’écouta patiemment, puis lui dit : « Viens avec moi ce soir, je vais te montrer quelque chose. »

Ils montèrent ensemble dans le phare. Dehors, la tempête grondait et la mer était noire comme de l’encre. « Tu vois cette lumière que j’allume chaque soir ? » dit Elouan. « Elle ne brille pas pour elle-même. Elle brille pour éviter aux marins de s’écraser sur les rochers qu’ils ne voient pas. Il y a en toi une lumière semblable, mon garçon. On l’appelle la conscience. Elle ne crie jamais très fort, elle ne s’impose pas, mais elle éclaire toujours le danger avant que tu ne le heurtes, si tu prends la peine de la regarder. »

Yann resta silencieux, regardant le faisceau balayer l’obscurité, révélant les rochers noirs juste sous la surface de l’eau.

« Le problème, » continua le vieil homme, « c’est que beaucoup de marins pensent connaître la mer mieux que le phare, et ils avancent sans regarder la lumière. Ils se fient au bruit des autres bateaux, à ce qui semble rapide et facile. Et souvent, ils se brisent sur ce qu’ils n’ont pas voulu voir. »

Yann repensa à la proposition qu’on lui avait faite. Il comprit soudain qu’au fond de lui, il savait déjà que c’était malhonnête, qu’il avait juste refusé de regarder cette petite lumière intérieure qui le mettait en garde depuis le début.

Il rentra chez lui cette nuit-là, refusa l’affaire douteuse, et bien des années plus tard, devenu à son tour capitaine d’un bateau respecté, il racontait toujours à son équipage l’histoire du vieux gardien de phare, en ajoutant : « Écoutez toujours votre lumière intérieure. Elle ne brille jamais pour vous tromper. »

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