On a tous entendu cette phrase, ou on l’a peut-être dite nous-mêmes : « arrête d’être aussi gentil, tu te fais avoir. » Comme si la bonté et la naïveté étaient automatiquement liées. Comme si être bienveillant, ça voulait dire être faible, ou pire, être bête.

Franchement, dans notre société actuelle, où tout le monde te dit qu’il faut être fort, affirmer ses limites, ne pas se laisser faire, la bonté a parfois mauvaise presse. On la confond avec la soumission, avec le fait de dire oui à tout, de tout accepter sans broncher, de se laisser exploiter parce qu’on n’ose pas dire non.

Mais est-ce que c’est vraiment ça, être bon ? Je ne crois pas. Être bon, ce n’est pas être un paillasson sur lequel tout le monde s’essuie les pieds. C’est plutôt choisir, consciemment, de faire le bien, même quand ce serait plus simple de ne rien faire. C’est aider quelqu’un sans attendre forcément un retour, mais ça n’empêche pas d’avoir des limites, de savoir dire « non » quand c’est nécessaire.

Le vrai problème, c’est qu’on a souvent du mal à distinguer la générosité de l’auto-effacement. On peut être généreux tout en se respectant. On peut donner sans se vider complètement. On peut aider les autres sans se sacrifier au point de s’oublier soi-même.

D’ailleurs, les gens qui abusent de la bonté des autres, ce n’est pas la bonté qui est en cause, c’est leur propre manque de respect. Ce n’est pas à celui qui donne de changer, c’est à celui qui prend sans donner en retour de se remettre en question.

Alors peut-être que la vraie question, ce n’est pas « faut-il arrêter d’être bon pour ne pas se faire avoir », mais plutôt « comment être bon tout en se protégeant ». Parce qu’on peut très bien avoir un cœur généreux et en même temps des limites claires. Ce n’est pas contradictoire, c’est même complémentaire.

Être bon, ce n’est pas être pigeon. C’est juste avoir le courage d’aimer dans un monde qui pousse souvent à se méfier de tout.

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