Il était une fois, dans un royaume lointain, un marchand nommé Bertrand, l’homme le plus riche de la contrée. Il possédait des entrepôts remplis d’épices, de soieries et d’or, mais il ne dormait plus. Chaque nuit, il comptait ses richesses, terrifié à l’idée qu’on les lui vole, ou pire, qu’elles disparaissent.

Un jour, en chevauchant vers une foire lointaine, il croisa un vieux berger assis sur une colline, un simple bâton à la main, entouré de ses moutons. Le berger sifflotait, le visage tourné vers le soleil couchant, un sourire paisible sur les lèvres.

« Comment fais-tu pour sourire ainsi ? » demanda Bertrand, intrigué. « Tu n’as rien, et moi j’ai tout, pourtant c’est toi qui as l’air heureux. »

Le berger répondit : « Je n’ai pas rien, marchand. J’ai ce coucher de soleil que je regarde chaque soir. J’ai mes moutons qui me reconnaissent. J’ai mon fils qui viendra me rejoindre bientôt pour partager la soupe. J’ai le silence de cette colline qui m’apaise. Que veux-tu de plus ? »

Bertrand resta silencieux un long moment. « Mais si demain la grêle tue tes moutons, que te restera-t-il ? »

Le berger sourit encore : « Il me restera le souvenir de leur présence, la force de recommencer, et surtout, il me restera moi-même, en paix avec ce que je suis. Toi, marchand, si demain tes entrepôts brûlent, que te restera-t-il ? »

Bertrand ne sut que répondre. Il repartit songeur, laissant derrière lui le vieux berger et son troupeau. Cette nuit-là, pour la première fois depuis des années, il ne compta pas son or. Il sortit s’asseoir devant sa fenêtre, et regarda, lui aussi, le soleil se coucher.

Les années passèrent. On raconte que Bertrand devint un marchand différent : toujours prospère, mais généreux, partageant ses richesses avec les plus pauvres, prenant le temps de s’asseoir avec ses enfants le soir, d’écouter ses employés, de regarder, lui aussi, le soleil se coucher chaque jour.

Et quand on lui demandait le secret de sa nouvelle joie, il répondait toujours : « J’ai appris d’un berger que le vrai trésor ne se compte pas, il se vit, instant après instant, cœur ouvert. »

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