On a souvent une drôle d’idée du pardon de Dieu. On s’imagine parfois qu’il faut mériter ce pardon, faire nos preuves, montrer patte blanche avant d’y avoir droit. Mais en fait, c’est tout l’inverse. Le pardon de Dieu, c’est un truc qui arrive avant qu’on le mérite, avant même qu’on le demande vraiment bien comme il faut.

Pensez à cette parabole du fils prodigue, ou à celle du serviteur qui doit une somme énorme et à qui on efface tout d’un coup. Ce n’est pas un pardon calculé, mesuré, distribué au compte-goutte selon nos efforts. C’est un pardon généreux, presque déraisonnable si on regarde ça avec nos yeux humains habitués à faire des comptes.

Et ça change tout, si on y réfléchit bien. Ça veut dire qu’on n’a pas besoin d’être parfait pour être aimé. Qu’on peut se planter, recommencer les mêmes erreurs, et que la porte reste ouverte. Dans une société où on nous demande sans arrêt de performer, de réussir, où l’échec est presque honteux, cette idée d’un pardon gratuit, ça fait un bien fou.

Mais attention, ça ne s’arrête pas là. Ce pardon reçu, il nous engage. On ne peut pas recevoir autant et garder ça pour nous tout seul, fermé dans notre petit confort. Si Dieu nous pardonne sans compter, comment est-ce qu’on peut continuer à compter les fautes des autres, à garder nos petites listes de griefs bien à jour ?

L’implication, c’est concrètement dans notre quotidien : au travail avec ce collègue difficile, en famille avec ces tensions qui traînent depuis des années, dans le couple après une dispute. Le pardon de Dieu n’est pas juste une belle idée théologique, il est censé transformer notre manière de vivre avec les autres.

Ça ne veut pas dire être naïf ou accepter d’être maltraité. Mais ça veut dire choisir, encore et encore, de ne pas rester prisonnier de la rancune. Recevoir le pardon de Dieu, c’est accepter d’être changé par lui, et laisser ça déborder autour de nous.

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