On entend souvent cette phrase toute faite : « pardonner, c’est oublier ». Mais est-ce que c’est vraiment vrai ? Et surtout, est-ce que c’est même souhaitable ?

Franchement, je crois que non. Oublier, ce n’est pas toujours possible, et ce n’est pas toujours sain. Si quelqu’un vous a fait du mal, votre cerveau garde une trace, c’est normal, c’est même utile pour se protéger à l’avenir. Demander d’oublier, c’est parfois demander l’impossible, et ça peut même être dangereux, notamment dans des situations de violence où il faut justement se souvenir pour ne pas retomber dans le même piège.

Alors si pardonner ce n’est pas oublier, c’est quoi alors ? Je crois que c’est plutôt choisir de ne plus laisser cet événement diriger notre vie. C’est décider de ne pas rester coincé dans la colère, dans le désir de vengeance, dans cette boucle mentale qui nous ronge plus qu’elle ne blesse l’autre personne, d’ailleurs. On dit souvent que la rancune, c’est comme boire du poison en espérant que ça fasse du mal à quelqu’un d’autre.

Pardonner, c’est un acte de libération pour soi-même avant tout. C’est se dire : « ce qui s’est passé était réel, ça m’a fait mal, mais je refuse que ça continue à me détruire de l’intérieur ». C’est un chemin, souvent long, parfois avec des rechutes, où on n’oublie rien mais où on désarme la charge émotionnelle qui accompagne le souvenir.

Ce qui est grand dans le pardon, c’est justement qu’il ne nie pas la réalité de la blessure. Il ne dit pas « ce n’était pas grave ». Il dit plutôt « c’était grave, et pourtant je choisis d’avancer ». C’est peut-être ça, la vraie grandeur : reconnaître pleinement le mal subi, et malgré tout choisir la paix plutôt que la guerre intérieure.

Alors non, pardonner ce n’est pas oublier. C’est peut-être même l’inverse : se souvenir suffisamment bien pour choisir consciemment de ne plus laisser cette blessure gouverner notre existence.

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