
Frères et sœurs,
Marie se lève et elle part en hâte. Voilà comment commence notre évangile. Pas de grands discours, pas de plan de communication soigneusement préparé : une femme enceinte qui se met en route pour aller aider sa cousine âgée, elle aussi enceinte de façon inattendue. C’est tout simple, et pourtant c’est immense.
Nous vivons dans un monde qui carbure à l’instantané, aux notifications, aux informations qui tombent en continu et qui souvent nous angoissent : crises climatiques, tensions internationales, difficultés économiques qui touchent nos familles. Dans ce vacarme permanent, Marie nous montre un autre chemin : celui de la hâte qui n’est pas précipitation, mais élan du cœur vers l’autre.
Elle ne reste pas chez elle à ruminer l’annonce extraordinaire qu’elle vient de recevoir. Elle sort. Elle va vers Élisabeth. Et c’est là, dans cette rencontre entre deux femmes, l’une jeune et l’autre âgée, que jaillit le Magnificat, ce chant de louange qui est aussi un chant profondément politique et social : « Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. » Ces paroles résonnent étrangement aujourd’hui, dans nos sociétés où les inégalités se creusent, où tant de personnes se sentent oubliées des grands équilibres du monde.
Marie ne parle pas en abstraction. Elle parle depuis son ventre, depuis sa condition de femme simple d’un petit village, elle qui n’a aucun pouvoir selon les critères humains. Et pourtant, c’est elle que nous fêtons aujourd’hui élevée corps et âme dans la gloire de Dieu. L’Assomption, c’est la promesse que Dieu ne regarde pas les titres, les followers, les likes ou les comptes en banque. Il regarde le cœur qui se donne, qui accueille, qui dit « oui » même quand tout semble incertain.
Dans nos existences bousculées, entre le travail, les écrans, les inquiétudes pour l’avenir de nos enfants, l’exemple de Marie est une bouffée d’air. Elle nous invite à ralentir pour aller vraiment vers l’autre, à visiter ceux qui sont seuls, nos aînés isolés, nos voisins fragilisés. Elle nous invite aussi à espérer : ce corps de chair élevé au ciel, c’est notre propre destinée qui se dessine. Nos vies, avec leurs fatigues et leurs joies simples, ont un sens éternel.
Alors aujourd’hui, en cette fête de l’Assomption, demandons à Marie cette grâce : celle de savoir nous lever, nous mettre en route vers ceux qui ont besoin de nous, et de garder au fond du cœur cette certitude joyeuse que Dieu élève les humbles, ici et maintenant, et pour l’éternité.

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