On a tendance à penser que servir quelqu’un, c’est forcément se soumettre, perdre en autonomie, s’effacer devant l’autre. On imagine tout de suite l’image du salarié qui obéit sans broncher, ou de la personne qui n’ose jamais dire non. Mais si on y regarde de plus près, dans la vraie vie, ce n’est pas si simple que ça.

Prenez quelqu’un qui choisit de devenir infirmier, ou pompier, ou même simplement quelqu’un qui décide d’aider bénévolement dans une association le week-end. Est-ce que ces gens sont soumis ? Pas du tout. Ils ont choisi librement de mettre leurs compétences, leur temps, leur énergie au service des autres. Et paradoxalement, c’est souvent dans ce choix-là qu’ils se sentent le plus vivants, le plus eux-mêmes.

La vraie soumission, en fait, c’est quand on n’a pas le choix, quand on subit une situation sans pouvoir s’exprimer, sans pouvoir dire non. Le service, lui, quand il est librement consenti, c’est complètement différent. C’est même souvent un acte de puissance intérieure : on décide de donner de soi parce qu’on en a la capacité, parce qu’on trouve du sens à le faire.

Regardez dans le couple, par exemple. Quand deux personnes se rendent service mutuellement, qu’elles s’entraident dans les tâches, dans les moments difficiles, ce n’est pas un rapport de domination. C’est une manière de dire « je choisis de m’investir pour toi, parce que je veux que cette relation avance ». Il y a une vraie liberté là-dedans, une liberté qui construit, qui fait grandir les deux personnes.

Au travail aussi, ceux qui choisissent d’accompagner, de former, de conseiller leurs collègues, sans que ce soit obligatoire, sans que ça leur rapporte forcément une prime, ils ne sont pas des victimes du système. Ils exercent une forme de leadership discret, généreux, qui les rend souvent plus respectés, plus solides dans leur poste.

Alors peut-être que la question à se poser, ce n’est pas « est-ce que servir, c’est se soumettre ? » mais plutôt « est-ce que j’ai choisi de servir, ou est-ce qu’on me force à le faire ? ». Parce que la différence est là. Le service choisi, librement consenti, sans contrainte extérieure, c’est peut-être une des formes les plus hautes de liberté humaine. C’est décider de sa propre vie en incluant les autres dedans, sans se perdre soi-même.

Laisser un commentaire