On vit dans une époque où on a l’impression de manquer de tout. Pas forcément de nourriture, mais de temps, de sens, de liens vrais. On tourne en rond. On consomme énormément et pourtant on reste sur notre faim. On achète, on scrolle, on s’occupe, mais au fond, quelque chose ne va pas. Il y a un vide que rien ne remplit vraiment.

Et c’est là que l’Évangile vient nous déranger, dans le bon sens du terme. Jésus ne propose pas une solution magique, un programme de bien-être, une appli de développement personnel. Il fait quelque chose de très simple et de très radical à la fois : il prend ce qu’il y a, il rend grâce, et il donne. Et les gens sont rassasiés. Vraiment. Il en reste même.

Ce que ça me dit, c’est que Dieu ne rassasie pas à moitié. Quand il donne, il donne à fond. Pas juste de quoi survivre. De quoi vivre. Et il y a toujours du reste, toujours des corbeilles pleines après. C’est le style de Dieu : la surabondance. Pas le luxe tapageur, mais l’abondance tranquille, celle qui surprend, celle qu’on n’attendait pas.

Mais attention, il y a un truc important dans cette histoire. Les gens reçoivent parce qu’ils sont restés. Ils auraient pu partir, aller acheter, se débrouiller. Mais ils sont restés là, avec Jésus. Et c’est dans cet espace de confiance que le miracle se produit.

Nous aussi, aujourd’hui, on est souvent tentés de se débrouiller tout seuls. De trouver nos propres réponses, nos propres solutions. Et c’est pas forcément mauvais. Mais parfois, il s’agit juste de rester. De s’asseoir dans l’herbe, comme dit l’Évangile, et d’attendre. De faire confiance que Dieu a quelque chose pour nous, même quand ça ne se voit pas encore.

Dieu nous rassasie. Pas forcément comme on l’attendait. Parfois c’est par une parole entendue au bon moment. Parfois c’est par une rencontre, une amitié, un silence qui fait du bien. Parfois c’est dans l’eucharistie, ce pain partagé qui n’a l’air de rien et qui pourtant nourrit en profondeur.

La vraie question, c’est : est-ce qu’on lui laisse la place de nous nourrir ? Est-ce qu’on s’assoit dans l’herbe, les mains ouvertes, prêts à recevoir ? Ou est-ce qu’on est toujours debout, agités, convaincus qu’on doit tout gérer nous-mêmes ?

Dieu veut nous rassasier. Il en a les moyens. Il a juste besoin de notre consentement.

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