On vit dans un monde où tout se mesure à l’utilité immédiate. Si quelque chose ne rapporte pas vite, ne brille pas fort, ne fait pas de bruit — on l’ignore, on le range dans la catégorie « sans intérêt » et on passe à autre chose. C’est devenu presque un réflexe.

Mais honnêtement, combien de fois on s’est trompé ?

Pensons aux relations. On a tous connu cette personne un peu discrète, pas très spectaculaire au premier abord, et qu’on n’a pas vraiment regardée. Et puis un jour, on a eu besoin, on s’est retrouvé dans le creux de la vague, et c’est elle qui était là. Vraiment là. Pendant que les autres brillants avaient disparu. Cette personne qu’on n’avait pas vu, elle valait tout.

Pensons aux compétences. Combien de fois a-t-on entendu des gamins se faire dire que leur passion ne mènerait à rien ? « La musique, c’est pas un métier. Le dessin, c’est pour les rêveurs. Prendre soin des autres, ça nourrit pas son homme. » Et pourtant, ce sont souvent ces gens-là qui finissent par construire quelque chose de vrai, de durable, parce qu’ils y ont mis du sens.

Pensons aussi aux moments qu’on pense ordinaires. Le café du matin en silence. Une balade sans destination. Une conversation anodine avec un voisin. Ces instants qu’on ne photographie pas, qu’on ne publie pas, et qui pourtant structurent notre équilibre intérieur de façon invisible.

Le problème, c’est que notre regard est souvent trop rapide, trop superficiel. On juge sur l’apparence, sur le prestige, sur ce que les autres vont en penser. On s’étonne rarement. On se laisse rarement surprendre. On a perdu cette capacité enfantine de trouver quelque chose d’incroyable dans ce qui semble banal.

Pourtant, s’étonner, c’est peut-être l’une des facultés humaines les plus précieuses. C’est ce qui nous garde vivants, curieux, ouverts. Celui qui s’étonne encore, il voit des choses que les autres ont arrêté de regarder.

Alors peut-être que la vraie question, c’est : qu’est-ce qu’on rate en décidant trop vite que quelque chose ne vaut rien ?

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