On vit dans une époque qui classe tout. Le bon et le mauvais, l’utile et l’inutile, le rentable et ce qui ne l’est pas. On jette, on recycle, on met à la poubelle. Et parfois on se demande, sérieusement : est-ce qu’il y a vraiment des choses sans valeur dans nos vies, ou est-ce qu’on se trompe souvent dans nos évaluations ?

Pensez à ces vieux trucs qu’on garde dans un tiroir et qu’on appelle du bazar. Une photo floue, une lettre froissée, un ticket de concert d’il y a vingt ans. Objectivement, ça ne vaut rien. Mais le jour où on tombe dessus par hasard, ça nous fait quelque chose. Un souvenir remonte, une émotion surgit. Ce truc sans valeur marchande vient de nous offrir un moment de vie intense.
Ou pensez à ces gens qu’on a mis de côté. Le collègue qu’on jugeait trop lent, l’ami qu’on trouvait trop compliqué, l’adolescent du quartier qu’on avait étiqueté comme cas perdu. Et puis, un jour, ce même collègue vous sauve d’une erreur grave, cet ami vous écoute comme personne d’autre ne sait le faire, ce jeune que tout le monde avait abandonné crée quelque chose d’extraordinaire.
On se trompe énormément dans nos évaluations, parce qu’on est toujours dans l’urgence. On juge à l’instant T, sans avoir toutes les données, sans voir la trajectoire. La valeur d’une chose ou d’une personne, ça ne se mesure pas en une fraction de seconde.
Il y a aussi tout ce qu’on appelle nos erreurs, nos échecs, nos expériences ratées. On les voudrait effacées. Mais très souvent, c’est précisément dans ces moments-là qu’on a appris l’essentiel. L’échec d’un projet nous a appris l’humilité. Une rupture douloureuse nous a appris ce qu’on voulait vraiment. Une période de vide nous a obligés à nous retrouver nous-mêmes.
Alors non, finalement, il n’y a probablement pas grand-chose qui ne vaut vraiment rien. Il y a des choses dont on ne comprend pas encore la valeur. Il y a des gens dont on n’a pas encore vu le potentiel. Il y a des expériences dont on n’a pas encore fait le sens. Et si on prenait le temps de ne pas décider trop vite, on serait peut-être moins seuls et beaucoup plus riches.

Laisser un commentaire