Est-ce que Dieu rejette ce qui ne vaut rien ? La question peut faire peur, surtout quand on a l’impression, certains jours, d’être justement ce truc qui ne vaut pas grand-chose. Le boulot qui foire, la relation qui s’effondre, les projets qui s’écroulent, et on finit par se demander si on n’est pas soi-même un poisson bon à rejeter.

Mais là, la foi chrétienne dit quelque chose de vraiment radical : Dieu ne fonctionne pas comme nos systèmes humains. Dans nos sociétés d’aujourd’hui, tout se mesure, tout s’évalue, tout a un prix. Un employé qui n’est plus rentable, on le remercie. Un produit qui ne se vend plus, on le retire. Un quartier qui coûte trop cher, on le laisse tomber. La logique du tri est partout, et elle est brutale.
Or Jésus, lui, parle d’un filet qui ramasse tout. Et le tri, dans sa parabole, n’appartient pas aux humains. C’est une réalité de la fin des temps, remise à Dieu seul. Ça veut dire que pendant notre vie ici-bas, personne n’est encore définitivement catalogué comme inutile aux yeux de Dieu.
Regardez les grandes figures de la Bible. David, l’adultère et le meurtrier. Pierre, le lâche qui renie. Paul, le persécuteur. Marie-Madeleine, que la tradition a longtemps mise à l’écart. Aucun d’eux n’aurait passé le filtre de nos critères humains de sélection. Et pourtant, Dieu les a choisis, transformés, utilisés pour quelque chose de grand.
Alors oui, Dieu rejette. La parabole le dit clairement : les mauvais poissons sont séparés des bons à la fin. Mais ce jugement-là, il n’appartient pas à nos contemporains. Il n’appartient pas aux algorithmes, ni aux réseaux sociaux, ni aux RH, ni même à nous-mêmes quand on se juge trop sévèrement.
Ce que Dieu regarde, c’est le mouvement du cœur. Est-ce qu’on cherche à s’orienter vers le bien ? Est-ce qu’on essaie, même maladroitement, même en tombant souvent ? Ce petit filet d’espérance et d’effort, il compte infiniment aux yeux de Dieu.
La grâce, c’est justement ça : Dieu travaille avec ce qu’on lui donne, même quand c’est peu, même quand c’est abîmé. Il ne rejette pas ce qui ne vaut rien parce que, pour lui, rien de ce qu’il a créé n’est fondamentalement sans valeur. Et cette conviction-là, elle peut changer notre façon de nous regarder nous-mêmes, et de regarder les autres.

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