On a souvent l’impression que la vie spirituelle et la vie active sont deux adversaires. D’un côté les contemplatifs, ceux qui prient, qui méditent, qui semblent vivre dans une bulle. De l’autre les actifs, ceux qui bossent, qui servent, qui s’impliquent concrètement. Et quelque part, dans nos têtes, il y aurait une hiérarchie. Soit on est trop dans l’action et on manque de profondeur, soit on est trop dans la prière et on manque d’efficacité.

Mais cette opposition est une fausse guerre. Et l’Évangile de Marthe et Marie nous le dit très clairement, si on prend le temps de le lire sans se braquer.

Marthe agit. C’est une femme courageuse, généreuse, hospitalière. Sans elle, il n’y a pas de repas, pas d’accueil, pas de maison ouverte. Son service est réel, précieux, nécessaire. Et pourtant quelque chose cloche. Ce qui lui manque, ce n’est pas le travail bien fait. C’est la paix intérieure. Elle est « inquiète et agitée », dit Jésus. Son action est déconnectée de sa source.

Marie, elle, a trouvé la source. Elle est là, aux pieds de Jésus, présente, attentive, dans une disponibilité totale. Et cette posture-là n’est pas de la passivité. C’est une forme d’action intérieure intense, celle de l’accueil, de l’écoute, de l’amour qui se laisse nourrir.

Dans notre monde d’aujourd’hui, on valorise l’efficacité à tout prix. On mesure tout en termes de résultats, de productivité, de performances. Prendre du temps pour prier, pour se recueillir, pour contempler, ça paraît presque suspect, voire un peu inutile. On se sent coupable de ne rien « produire ».

Mais les grandes figures chrétiennes, les saints qui ont le plus transformé leur époque, n’ont jamais séparé l’action de la prière. Ils agissaient beaucoup, oui. Mais ils priaient encore plus. Parce qu’ils savaient que sans cette ressource intérieure, l’action s’épuise, se durcit, perd son sens.

Alors la vraie question n’est pas : est-ce que je choisis l’action ou la méditation ? La vraie question c’est : est-ce que mon action vient de quelque part ? Est-ce qu’elle est habitée, nourrie, orientée ? Ou est-ce que je cours dans tous les sens sans savoir vraiment où je vais ?

Choisir la meilleure part, comme dit Jésus à Marie, ce n’est pas choisir le canapé contre le tablier. C’est choisir de rester connecté à l’essentiel, même au cœur du mouvement.

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