C’est une idée qu’on entend souvent, presque trop souvent au point qu’elle ne nous touche plus vraiment. « Nous sommes tous frères et sœurs. » On hoche la tête, on trouve ça beau, et puis on retourne à nos petites vies bien organisées. Sauf que si on y réfléchit sérieusement, sans les formules toutes faites, cette phrase est une bombe à retardement dans notre façon de vivre ensemble.

Commençons par le commencement. Appartenir à la même famille humaine, ça veut dire que personne n’est vraiment un étranger. Ce type qui débarque d’un pays qu’on ne saurait pas pointer sur une carte, cette femme qui parle une langue qu’on ne comprend pas, ce voisin dont les habitudes nous agacent, ils font partie de la même aventure humaine que nous. On partage les mêmes peurs fondamentales, la peur de souffrir, la peur de mourir, la peur d’être seuls. On partage les mêmes désirs profonds : être aimés, avoir sa place, vivre dignement.

Et si on prenait ça au sérieux, les conséquences seraient énormes. D’abord dans notre regard. On cesserait de voir l’autre comme une menace ou un obstacle, et on commencerait à le voir comme quelqu’un qui, comme nous, fait de son mieux avec ce qu’il a. Le migrant ne serait plus un problème à gérer, mais un être humain en chemin. Le pauvre ne serait plus une statistique, mais quelqu’un de la famille qu’on a laissé tomber.

Ensuite dans nos actes. Dans une vraie famille, quand un membre est en difficulté, on ne croise pas les bras. On s’organise, on partage, on trouve des solutions ensemble. Imaginez qu’on applique ça à l’échelle mondiale. Les ressources de la planète, les savoirs, les technologies, on les mettrait vraiment au service de tous, pas seulement de quelques-uns.

Bien sûr, être frères et sœurs ne veut pas dire être identiques ni toujours d’accord. Dans les familles, on se dispute, on a des caractères différents, des visions différentes. Mais on ne se laisse pas tomber. On reste autour de la même table. C’est peut-être ça, le vrai défi pour notre époque : apprendre à rester autour de la même table malgré tout.

Laisser un commentaire