On vit dans une époque où les gens sont jugés à toute vitesse. Un tweet mal formulé, une photo qui ressort d’il y a dix ans, une parole sortie de son contexte — et hop, c’est réglé. La personne est cataloguée, fichée, réduite à un acte, à un moment de sa vie. On ne discute plus, on annule. Et ça, franchement, ça pose un vrai problème.

Parce que juger les actes, c’est nécessaire. C’est même indispensable pour vivre ensemble. Une société qui ne distingue pas le bien du mal, l’acceptable de l’inacceptable, c’est une société qui s’effondre. Quand quelqu’un fait du mal, il faut le nommer. Quand une action est injuste, il faut le dire. La justice existe pour ça, et c’est une bonne chose.

Mais réduire une personne à ses actes, c’est autre chose. C’est décider qu’une personne est définitivement et entièrement ce qu’elle a fait à un moment donné. Que son pire acte est son identité complète. Et là, on sort du jugement juste pour entrer dans quelque chose de beaucoup plus violent.

Regardez ce qui se passe autour de vous. Quelqu’un commet une erreur professionnelle — on dit qu’il est nul. Quelqu’un a une mauvaise réaction dans un moment de stress — on dit que c’est quelqu’un de mauvais. Quelqu’un a fait une bêtise à vingt ans — on l’en rend responsable à quarante. On oublie que les gens évoluent, changent, apprennent, grandissent. On oublie que chacun est beaucoup plus complexe que son pire jour.

Les psys, les éducateurs, les travailleurs sociaux le savent bien : si on dit à quelqu’un qu’il n’est que ses erreurs, il finit par y croire. Par contre, si on lui dit : « ce que tu as fait n’est pas acceptable, mais toi, tu es capable de mieux » — là, quelque chose peut bouger.

Juger les actes, oui. Toujours. Mais garder la personne entière, avec sa complexité, ses failles, et aussi son potentiel. Parce qu’une vie, ça ne se résume pas à ses mauvaises pages.

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