Il y a une question qui revient souvent dans nos vies, qu’on soit croyants ou pas : est-ce que les règles qu’on s’est données servent encore les gens, ou est-ce qu’elles sont devenues une fin en soi ? C’est exactement le cœur de cet épisode où Jésus prend la défense de ses disciples affamés un jour de sabbat.

Le sabbat, c’était une belle institution à l’origine. Un jour de repos, un souffle dans la semaine, un rappel que l’homme n’est pas une machine. Mais petit à petit, les règles s’étaient tellement multipliées autour de ce jour sacré qu’on ne voyait plus du tout l’intention première. On comptait les pas, on pesait les mots, on surveillait les gestes. Et si quelqu’un avait faim, eh bien tant pis, c’est le sabbat.
Jésus renverse ça. Il dit : vous avez tout faux. Ce n’est pas l’homme qui est au service du sabbat, c’est le sabbat qui est au service de l’homme. Et il va plus loin en disant qu’il y a plus grand que le Temple ici. Ce plus grand, c’est la miséricorde. Pas la pitié condescendante, mais la vraie miséricorde, celle qui entre dans la vie de l’autre, qui prend sa faim au sérieux, qui ne détourne pas le regard.
Aujourd’hui, cette question nous touche profondément. Dans nos Églises d’abord. Combien de fois des règles internes ont-elles blessé des personnes déjà fragiles ? Combien de fois une porte a-t-elle été fermée au nom d’un règlement, alors qu’une personne cherchait juste à être accueillie ? On peut se demander si parfois nos institutions chrétiennes elles-mêmes ne répètent pas l’erreur des pharisiens, en oubliant que la structure est là pour servir la vie, pas pour la corseter.
Mais ce n’est pas seulement dans l’Église. C’est dans nos familles, dans nos milieux de travail, dans nos communautés. On a tous tendance à se réfugier derrière les règles pour éviter de vraiment rencontrer l’autre. C’est plus confortable. C’est moins risqué. Mais c’est mortifère.
Jésus nous appelle à une autre façon d’être. Une façon qui demande du discernement, du courage et surtout de l’amour. Pas de l’amour sentimental, mais de l’amour concret, celui qui voit une personne qui a faim et qui agit. Celui qui dit : ici, maintenant, cette vie vaut plus que n’importe quelle règle.
C’est là que réside la vraie liberté chrétienne : non pas l’absence de loi, mais la loi portée par l’amour, orientée vers la vie, au service de l’humain.

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