On en parle tous les jours. Au boulot, en famille, dans la rue, à l’hôpital, à l’école. Les règles. Les lois. Les procédures. Les règlements intérieurs. On en est entourés, et c’est souvent pour de bonnes raisons. Mais la vraie question, elle est là : ces règles, elles servent qui, exactement ? Elles servent quoi ?

Parce qu’il faut être honnête. Une règle, à la base, c’est fait pour permettre de vivre ensemble. Pour éviter que le plus fort écrase le plus faible. Pour que tout le monde sache à quoi s’en tenir. C’est une intelligence collective mise en forme. Et ça, c’est précieux. Imaginez une route sans code de la route, un contrat de travail sans droit du travail, une société sans justice. Ce serait la loi du plus fort, tout simplement.
Mais voilà le problème : les règles vieillissent. Les contextes changent, les situations évoluent, les besoins humains se transforment, et parfois la règle reste là, figée, alors que la réalité a changé de visage. Et à ce moment-là, appliquer la règle à la lettre, c’est parfois faire violence à la personne qui est en face de vous.
On le voit partout. Une infirmière qui voudrait rester cinq minutes de plus avec un patient en détresse mais que le protocole l’oblige à passer à autre chose. Un professeur qui voit un élève en difficulté mais que les cases du bulletin scolaire ne lui permettent pas de dire vraiment ce qu’il faut dire. Un salarié épuisé à qui on répond : « c’est dans votre contrat ». Un demandeur d’aide sociale qui doit remplir vingt formulaires pendant que sa situation empire.
La règle est là, elle s’applique, et l’humain attend.
Ce n’est pas une question de mauvaise volonté individuelle, la plupart du temps. C’est un système qui s’est rigidifié, qui a oublié pourquoi il existe. Et au bout du compte, c’est toujours la personne la plus vulnérable qui trinque.
Alors la vraie question, ce n’est pas : règle ou pas règle ? C’est : comment est-ce qu’on garde vivante l’intention derrière la règle ? Comment est-ce qu’on fait en sorte que les lois restent des outils au service de la vie et pas des carcans qui l’étranglent ? Ça demande du courage. Ça demande de regarder les gens en face et pas seulement les textes. Et ça commence par reconnaître que derrière chaque dossier, il y a un être humain.

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