Il était une fois, au bord d’une rivière tranquille, un roseau et une pierre qui vivaient côte à côte depuis aussi longtemps qu’ils pouvaient s’en souvenir.

La pierre était grande, solide, grise. Elle ne bougeait jamais. L’eau venait la frapper, le vent soufflait, mais elle restait là, impassible. Les gens du village la respectaient. Certains disaient même qu’elle était sage.
Le roseau, lui, était fin, vert, et s’inclinait au moindre souffle d’air. Quand le vent soufflait fort, il pliait jusqu’à toucher presque l’eau. Quand le courant montait, il ondulait doucement sans résister. Les gens du village le trouvaient joli, mais pas vraiment solide. « Un roseau, ça plie, ça cède, disaient-ils, ça ne tient pas longtemps. »
Un automne, une grande tempête arriva. Elle dura trois jours et trois nuits. Le vent mugissait, la rivière gonflait, les vagues fouettaient les berges avec fureur.
Le lendemain matin, quand les villageois vinrent voir, ils furent surpris. La grande pierre était brisée en deux. L’eau l’avait sapée par en dessous, la gelée avait fissuré son ventre, et la tempête avait fini le travail. Elle gisait là, cassée, immobile pour toujours.
Le roseau, lui, était encore là. Légèrement incliné, un peu boueux, mais vivant. Il avait plié dans tous les sens, il avait suivi le vent sans jamais lui appartenir. Et quand la tempête était partie, il s’était redressé, doucement, comme si rien ne s’était passé.
Un vieil homme qui regardait la scène hocha la tête. Sa petite-fille lui demanda : « Pourquoi le roseau a-t-il survécu et pas la pierre ? »
Il répondit : « La pierre refusait de bouger. Elle croyait que sa force était dans sa dureté. Le roseau, lui, savait quand plier et quand se redresser. Il n’a jamais perdu son centre, même en bougeant en tous sens. C’est ça, la vraie force : rester soi-même sans devenir cassant. »
La petite-fille regarda le roseau se balancer légèrement dans la brise du matin. Elle comprit que la douceur et la fermeté ne sont pas des contraires. Elles sont les deux faces d’une même sagesse.
Et depuis ce jour, quand les gens du village voulaient décrire quelqu’un de vraiment fort, ils ne disaient plus « solide comme un roc ». Ils disaient « souple comme un roseau qui ne se perd jamais. »

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