Il était une fois un pays qu’on appelait Clearwater. C’était un pays ordinaire, avec des villes bruyantes, des marchés animés, des familles qui se disputaient pour des broutilles et des voisins qui ne se parlaient plus depuis des années à cause d’une haie mal taillée ou d’une place de parking volée.

Un jour, un vieux sage arriva dans ce pays. Il ne ressemblait à rien de particulier : une veste usée, un sac à dos, des yeux calmes. Il s’installa sur la place centrale du village le plus agité du pays et il ne fit rien. Il s’assit, il respira, il observa.

Les gens le regardaient de loin. « Qu’est-ce qu’il fait, ce vieux ? » Certains rigolaient. D’autres le trouvaient bizarre. Mais une petite fille, qui s’appelait Léa, s’approcha. Elle avait sept ans et elle ne faisait pas encore semblant.

— Monsieur, pourquoi vous restez assis sans rien faire ?

— Je cherche quelque chose, dit-il.

— Quoi donc ?

— La paix.

Léa regarda autour d’elle. Un marchand criait sur un client. Deux hommes se disputaient une dette ancienne. Une femme pleurait dans un coin parce que son fils ne lui téléphonait plus.

— Elle n’est pas là, dit Léa.

— Non, dit le sage. Mais tu sais où elle est ?

Léa réfléchit longuement. Puis elle dit :

— Chez nous, des fois, le soir, quand maman éteint la lumière et qu’elle me dit bonne nuit, il y a quelque chose de calme. Tout le monde est là. Tout le monde va bien. C’est peut-être là qu’elle est.

Le sage sourit.

— Tu viens de trouver ce que des philosophes cherchent depuis des siècles.

La nouvelle se répandit. Les gens demandaient à Léa ce qu’elle avait dit. Et quand ils l’entendaient, quelque chose se passait. Doucement, les voix baissaient d’un ton. Les portes s’ouvraient un peu plus. Les gens s’asseyaient ensemble le soir.

La paix n’était pas venue d’un grand discours ni d’un accord signé en grande pompe. Elle était venue d’une petite fille qui avait simplement remarqué qu’elle existait déjà, dans les moments où on prenait le temps de se voir vraiment.

Et le sage reprit son chemin, le cœur léger, vers un autre pays qui en avait besoin.

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