Il était une fois, dans un village niché entre deux collines, une vieille fontaine au centre de la place. Depuis toujours, les habitants venaient y puiser l’eau dont ils avaient besoin. Mais un jour, la source se tut. L’eau disparut. La fontaine devint sèche comme un os.

Les villageois s’affolèrent. Certains partirent chercher de l’eau dans la rivière voisine, d’autres creusèrent des puits, d’autres encore commencèrent à se disputer les dernières réserves. Le village, autrefois paisible, se remplit de tensions et de méfiance.

Un vieux sage du village, qu’on appelait simplement Elias, regardait tout cela avec tristesse. Il n’avait pas beaucoup de force physique, pas d’argent, pas d’influence. Il n’avait que son cœur, grand comme une maison.

Un soir, sans rien dire à personne, il s’assit près de la fontaine vide et commença à faire quelque chose d’étrange. Il se mit à parler à ses voisins. Pas pour se plaindre, pas pour accuser. Pour écouter. Il demandait à chacun ce qui lui manquait, ce qui lui faisait peur, ce dont il avait besoin. Et les gens parlaient. Ils pleuraient parfois. Ils riaient aussi.

Peu à peu, quelque chose se passa. Des voisins qui ne se parlaient plus recommencèrent à échanger. Des familles qui s’étaient disputées firent la paix. Un jeune homme qui savait creuser proposa son aide à une vieille femme seule. Une famille offrit de la nourriture à une autre qui n’avait plus rien.

Un matin, quelques semaines plus tard, quelqu’un entendit un gargouillement. Puis un autre. Et soudain, l’eau se remit à couler dans la fontaine, claire et fraîche, comme si elle n’avait jamais cessé.

Le médecin du village dit que c’était sans doute les pluies récentes. Peut-être. Mais Elias, lui, sourit doucement et ne dit rien.

Parce qu’il savait, lui, que c’est quand l’amour recommence à circuler entre les gens que les sources, elles aussi, retrouvent leur chemin.

Et la vraie source, elle ne tarit jamais.

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