Il était une fois un jeune pêcheur qui s’appelait Elias. Il vivait dans un village au bord d’une grande forêt, loin de tout. On l’avait toujours appelé pêcheur, et lui-même se définissait ainsi, bien qu’il n’eût jamais vu la mer de sa vie. Son père était pêcheur, son grand-père aussi, et le village tenait cela pour une évidence : Elias pêcherait dans la petite rivière qui traversait la vallée, comme tous les autres avant lui.

Pourtant, chaque soir, quand le soleil descendait derrière les collines, Elias ressentait quelque chose d’étrange dans sa poitrine. Une sorte de manque. Comme si une partie de lui attendait quelque chose qu’il n’arrivait pas à nommer.

Un matin, une vieille femme passa dans le village. Elle portait un grand sac sur le dos et marchait comme quelqu’un qui a beaucoup voyagé. Elias lui offrit un bol de soupe. Elle le regarda un long moment en silence, puis dit :

— Tu as les yeux de quelqu’un qui cherche sans savoir ce qu’il cherche.

— Je suis pêcheur, dit Elias, un peu gêné.

— Peut-être. Mais est-ce que tu as déjà pêché là où tu es vraiment censé pêcher ?

Il ne comprit pas ce qu’elle voulait dire. Elle repartit sans expliquer davantage.

Mais la question resta. Elle tourna dans la tête d’Elias pendant des semaines. Jusqu’au jour où, sans vraiment savoir pourquoi, il fit son sac et prit la route vers l’est. Le village murmura. Sa mère pleura. Son père secoua la tête.

Elias marcha longtemps. Il traversa des forêts, des plaines, des villes qu’il ne connaissait pas. Il travailla ici et là pour manger. Il rencontra des gens de toutes sortes. Un vieux charpentier qui lui apprit à écouter le bois. Une jeune femme qui peignait des portraits dans une ruelle et qui lui dit : « On peint toujours ce qu’on cherche à comprendre. » Un enfant perdu qu’il aida à retrouver sa mère, et qui lui dit simplement : « T’es bien, toi. »

Chaque rencontre ajoutait quelque chose. Pas une réponse claire, non. Plutôt des petits morceaux d’un puzzle dont il ne voyait pas encore la forme.

Et puis un soir, après des mois de marche, Elias arriva au sommet d’une dune. Devant lui s’étendait quelque chose d’immense, d’infini, d’incroyablement vivant. La mer.

Il s’assit là, les pieds dans le sable, les yeux grands ouverts. Et pour la première fois depuis très longtemps, le manque dans sa poitrine disparut.

Ce n’était pas parce qu’il avait trouvé la mer. C’était parce qu’il avait compris, dans ce silence immense, pourquoi il cherchait. Il avait cherché parce que chercher, c’était déjà vivre pleinement. Chaque pas sur la route avait eu du sens. Chaque rencontre avait été une réponse à une question qu’il n’avait pas encore posée.

Il sortit sa ligne de sa sacoche. Et il pêcha. Pas pour les prises. Pour être là, présent, vivant, à sa place dans le monde.

Le lendemain matin, il écrivit une lettre à ses parents. Il leur disait : « J’ai trouvé la mer. Et j’ai compris que le sens de ma vie, ce n’était pas un endroit où arriver. C’était la façon dont je marchais. »

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