Être pasteur dans le monde d’aujourd’hui, ce n’est pas une image très populaire. On préfère parler de manager, de leader, de coach. Le berger, ça fait vieux jeu, ça fait rural, ça fait dépassé. Et pourtant, quand on regarde vraiment ce que ça veut dire, on réalise que c’est peut-être ce dont le monde a le plus besoin en ce moment.

Un berger, ce n’est pas quelqu’un qui dirige à distance depuis un bureau climatisé. C’est quelqu’un qui connaît son troupeau. Qui sait que cette brebis-là boite depuis deux jours, que cet autre a tendance à s’égarer dès qu’il y a un peu de vent. Le pasteur, c’est quelqu’un de proche. Et la proximité, dans notre époque où tout va vite, où les gens se sentent souvent invisibles et interchangeables, c’est quelque chose de révolutionnaire.

Être pasteur aujourd’hui, c’est donc d’abord prendre le temps. Le temps d’écouter vraiment. Pas écouter pour répondre, pas écouter pour cocher une case dans un processus d’accompagnement. Écouter pour comprendre, pour sentir ce que l’autre vit, pour être touché par ce qui le touche. Dans une paroisse, dans une famille, dans une équipe de travail, dans une communauté de quartier — le pasteur, c’est celui ou celle qui remarque quand quelqu’un décroche, qui va frapper à la porte, qui ne laisse pas tomber.

Et puis être pasteur aujourd’hui, c’est aussi avoir le courage de la vérité. Pas la vérité qui blesse pour le plaisir, pas celle qui écrase les gens avec des principes. Mais la vérité qui libère. Dire à quelqu’un : je vois ce que tu traverses, et je ne te lâche pas. Dire à une communauté : on peut faire mieux, on peut aller plus loin, on peut aimer davantage. C’est inconfortable, mais c’est nécessaire.

Le modèle du bon berger, c’est Jésus lui-même. Il ne cherche pas à avoir l’air bien. Il va chercher la brebis perdue même quand c’est compliqué, même quand ça ne sert pas son image. Il donne sa vie. Et c’est ça qui change tout : un pasteur qui donne sans calcul, qui sert sans attendre de retour, qui reste présent même dans la nuit.

Dans notre monde blessé, fragmenté, plein de gens qui se sentent seuls et abandonnés, on a un besoin urgent de ce type de présence. Pas de héros, pas de stars. Des bergers. Des gens qui restent. Des gens qui prennent soin.

Et chacun de nous, à sa place, peut être ça pour quelqu’un.

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