Quand je regarde l’autre, qu’est-ce que je vois vraiment ? C’est une question qui mérite qu’on s’y arrête sérieusement. Parce que dans notre quotidien, on a tendance à voir les gens comme des obstacles, des ressources, des alliés ou des ennemis. On les classe, on les range dans des cases, et on avance. Mais la foi chrétienne nous propose quelque chose de radicalement différent et franchement bouleversant : l’autre est reflet de Dieu.

La Genèse nous dit que chaque être humain est créé à l’image de Dieu, l’imago Dei. Ça veut dire quoi concrètement ? Ça veut dire que quand tu regardes le visage de quelqu’un, n’importe qui, tu regardes quelque chose qui porte en lui une trace du divin. Le sans-abri dans le métro, le collègue qui t’agace, l’inconnu dans la file d’attente, la personne âgée dans un hôme qui n’a plus de famille. Chacun porte cette dignité inaliénable, cette lumière, même quand elle est enfouie sous les blessures, les erreurs, les masques sociaux.
Mais il y a quelque chose d’encore plus intime dans ce mystère. L’autre est aussi mon reflet. Ce que je vois dans l’autre me dit quelque chose sur moi. Quand quelqu’un m’irrite profondément, souvent c’est parce qu’il touche une corde que je voulais pas entendre. Quand quelqu’un me touche et m’émeut, c’est parce qu’il réveille quelque chose de vrai en moi. Les autres sont comme des miroirs que Dieu place sur notre route pour nous aider à nous voir.
Dans une société où l’individualisme est érigé en valeur suprême, où on peut passer une journée entière sans vraiment regarder quelqu’un dans les yeux, cette vision chrétienne est révolutionnaire. Elle nous oblige à sortir de nous-mêmes. Elle nous dit que je ne peux pas me construire seul, que je me découvre dans la relation, dans la rencontre, dans le regard de l’autre.
Jésus lui-même a incarné ça totalement. Il regardait les gens autrement. La Samaritaine, Zachée, la femme adultère, tous ceux que la société avait mis de côté. Il les regardait avec ces yeux qui disaient : je vois en toi quelque chose que toi-même tu n’arrives plus à voir.
Alors aujourd’hui, la question pratique c’est : est-ce que je prends le temps de vraiment regarder les gens autour de moi ? Est-ce que je vois en eux ce reflet de Dieu ? Et est-ce que j’accepte que ce qu’ils me renvoient m’aide à me connaître mieux ? C’est un chemin de toute une vie, mais c’est l’un des plus beaux qui soit.

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