On a tous ce réflexe. On voit quelqu’un faire une erreur, et hop, l’analyse commence. On commente, on décortique, on explique pourquoi cette personne a tort, pourquoi elle aurait dû faire autrement, pourquoi franchement elle aurait pu mieux s’y prendre. C’est humain, c’est spontané. Et c’est surtout extrêmement facile quand on est dans la position de l’observateur.

Mais voilà la vraie question : est-ce qu’on se soumet à la même rigueur quand c’est nous qu’on observe ? Parce que c’est là que ça se complique. On a une tendance naturelle à être indulgent avec nous-mêmes et sévère avec les autres. On appelle nos propres erreurs des « circonstances atténuantes ». Chez l’autre, on appelle ça des « défauts de caractère ». C’est le même comportement, deux poids deux mesures.
Dans la vie quotidienne, au bureau, en famille, dans les relations amicales, cette asymétrie crée des tensions énormes. On s’étonne que les gens se braquent quand on leur fait des remarques, mais on oublie qu’on le fait avec une condescendance parfois inconsciente. On oublie qu’on parle depuis un piédestal qu’on s’est construit tout seul, et que les autres le voient très bien.
Les psys parlent de projection : ce qu’on ne supporte pas chez l’autre, c’est souvent quelque chose qu’on ne supporte pas en nous-mêmes. On s’énerve contre l’égoïsme de quelqu’un — mais est-ce qu’on est vraiment si généreux ? On critique la mauvaise foi d’un collègue — mais est-ce qu’on est toujours de bonne foi ?
Se regarder avant de regarder les autres, ça ne veut pas dire fermer les yeux sur tout. Ça veut dire calibrer son regard. Avant de parler, se demander : est-ce que je maîtrise vraiment ce sujet depuis l’intérieur ? Est-ce que j’ai fait le même travail sur moi-même que ce que j’exige de l’autre ?
Dans une société où la critique facile est devenue un sport national — que ce soit dans les médias, sur les réseaux ou autour d’un café — cette posture de lucidité personnelle est presque un acte courageux. Parce qu’il est tellement plus confortable de regarder dehors que dedans.
Le miroir, parfois, c’est l’outil le plus utile qu’on possède. Encore faut-il avoir le courage de s’y regarder vraiment.

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