
Dans une vallée séparée par une rivière, il y avait deux villages qui se détestaient depuis si longtemps que personne ne se souvenait de l’origine du conflit. Les habitants de l’un disaient que ceux d’en face étaient fiers et méchants. Ceux de l’autre répondaient qu’on leur avait volé leur honneur. Entre les deux villages, il y avait un vieux pont de pierre, jamais détruit, mais presque jamais utilisé.
Un jour, un jeune garçon du premier village traversa la rivière pour aller chercher de l’eau, car la source du côté de chez lui s’était asséchée. Sur le pont, il rencontra une vieille femme du village voisin, portant un panier trop lourd pour ses épaules. Elle le regarda avec méfiance, et lui aussi. Puis il vit qu’elle tremblait un peu. Sans réfléchir, il prit son panier et l’aida à avancer.
La femme ne dit rien, mais quand elle arriva chez elle, elle lui offrit une miche de pain. Le garçon revint le soir avec l’eau et le pain dans ses bras. Sa mère fut surprise. Le lendemain, elle lui demanda d’y retourner pour remercier la vieille femme. Peu à peu, d’autres habitants suivirent. On échangea de l’eau, du pain, des outils, puis des nouvelles. Les vieilles rancunes ne disparurent pas en un jour, mais le pont cessa d’être un symbole de séparation.
Un soir, un ancien du village dit : « Nous pensions vaincre nos voisins en les méprisant. En réalité, c’est en les aidant que nous avons commencé à redevenir humains. »
Et depuis ce jour-là, on appela ce pont non plus le pont de la colère, mais le pont de l’amour.

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