
Frères et sœurs,
L’Évangile d’aujourd’hui est d’une actualité frappante. Jésus voit la foule, il voit les visages, il voit les fatigues, les peurs, les blessures, les gens perdus, abattus, comme des brebis sans berger. Et la première chose qu’il fait, ce n’est pas de juger. Ce n’est pas de condamner. Ce n’est pas de dire : “Ils n’ont qu’à se débrouiller.” Non. Jésus est saisi de compassion. C’est très fort. Le cœur de Dieu bat devant la souffrance humaine.
Et si nous regardons notre monde aujourd’hui, nous comprenons bien cette parole. Autour de nous, beaucoup vivent sans repères. Il y a ceux qui sont écrasés par le travail, ceux qui courent sans arrêt et qui n’ont plus une minute pour souffler, ceux qui portent des soucis familiaux, les personnes isolées, les jeunes qui cherchent un sens à leur vie, les plus pauvres, les malades, ceux qui se sentent inutilement laissés de côté. Il y a aussi cette grande fatigue collective, comme si notre société avançait vite, mais parfois sans direction. Jésus voit tout cela. Il le voit encore aujourd’hui.
Alors il dit : “La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux.” Autrement dit : il y a tant de choses à faire, tant de vies à relever, tant de cœurs à rejoindre, tant de paix à construire. Mais il faut des hommes et des femmes disponibles. Et Jésus ne dit pas seulement : “Priez.” Il dit : “Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers.” La prière n’est pas une fuite. La prière ouvre les yeux, elle réveille le cœur, elle rend disponible. On ne peut pas aimer le monde sans d’abord le remettre à Dieu.
Puis Jésus appelle ses disciples et il les envoie. C’est beau : il ne choisit pas des héros parfaits. Il appelle des hommes ordinaires. Il leur donne sa force, son pouvoir de guérir, de relever, de libérer. Et il leur confie une mission simple : annoncer que le Royaume des Cieux est tout proche. Cela veut dire que Dieu n’est pas loin. Il est à portée de main. Il est proche de ceux qui souffrent, proche de ceux qui espèrent, proche même de ceux qui doutent.
Et Jésus ajoute cette phrase décisive : “Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement.” Voilà le cœur de l’Évangile. Nous avons tout reçu de Dieu : la vie, le pardon, la foi, l’espérance, la tendresse. Alors, à notre tour, nous avons à donner gratuitement : un regard bienveillant, une écoute, une main tendue, du temps, de la patience, une présence vraie. Dans un monde où tout se paie, où tout se calcule, les chrétiens sont appelés à faire circuler la gratuité de Dieu.
Demandons aujourd’hui la grâce d’avoir le regard de Jésus : un regard qui voit, qui compatit, qui relève et qui envoie.

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