Se mettre en colère contre son frère, est-ce se mettre en colère contre Dieu? La question peut sembler dure, mais elle mérite d’être posée. Dans la vie quotidienne, la colère naît souvent d’une blessure, d’une déception, d’un sentiment d’injustice. Quelqu’un nous parle mal, nous déçoit, nous oublie, nous humilie, et quelque chose se casse en nous. Pourtant, si on regarde de plus près, le frère, la sœur, l’autre en face, n’est pas seulement une personne qui nous contrarie: c’est aussi un être voulu, aimé, porté par Dieu. Alors, quand je m’acharne contre lui, quand je le méprise, quand je le traite comme un ennemi, est-ce que je ne touche pas aussi à ce que Dieu aime? Bien sûr, on n’est pas obligés de tout accepter. Il existe des colères justes, des indignations légitimes, des refus nécessaires. Mais la vraie question est ailleurs: que fais-je de cette colère? Est-ce qu’elle devient une force pour dire la vérité et réparer, ou bien est-ce qu’elle se transforme en violence, en mépris, en désir de faire payer l’autre? Là, on se rapproche d’un chemin qui abîme tout, y compris notre relation à Dieu. Parce que Dieu, lui, ne nous regarde jamais comme des ennemis à écraser. Il nous appelle à la conversion, à la réconciliation, à la paix. Aimer Dieu sans aimer mon frère, ce n’est pas possible bien longtemps. Et inversement, vouloir être proche de Dieu tout en cultivant la haine contre un proche, c’est vivre dans une contradiction profonde. En réalité, se mettre en colère contre son frère n’est pas automatiquement se mettre en colère contre Dieu. Mais si je laisse la colère devenir dureté, injustice et mépris, alors oui, je m’éloigne de Dieu, parce que je m’éloigne de son regard d’amour. Le chemin proposé n’est pas de nier nos émotions, mais de les travailler, de les purifier, pour qu’elles deviennent un passage vers la vérité, le pardon et la paix.

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