Léo avait vingt ans, et une sensation étrange : il avait l’impression de courir tout le temps sans savoir après quoi. Il faisait ce qu’on attendait de lui. Il travaillait, il répondait aux messages, il allait à ses cours, il essayait de ne pas décevoir. Mais le soir, en se couchant, il se demandait souvent : “Et moi, là-dedans, je vais où ?”

Un jour, en vidant le grenier de sa grand-mère, il trouva une vieille boîte en bois. Dedans, il y avait une petite boussole. Au dos, une phrase était gravée : “Pour ne pas perdre le nord.” Léo sourit. Il la prit comme un souvenir un peu drôle, sans y penser davantage.

Mais le lendemain, alors qu’il était encore perdu dans ses projets, il repensa à cette boussole. Il se dit que lui aussi, il avait besoin d’un nord. Pas forcément un grand rêve spectaculaire. Juste une direction. Alors il s’assit, prit une feuille, et écrivit trois choses : “être utile”, “être vrai”, “aimer mieux”. C’était simple. Même un peu trop simple. Pourtant, il sentit quelque chose se remettre en place.

À partir de ce jour, il commença à faire des choix différents. Il rappela un ami qu’il avait négligé. Il proposa son aide à sa mère. Il travailla avec plus de sérieux. Il apprit à dire non à ce qui le dispersait. Et surtout, il comprit que le sens ne tombait pas du ciel comme une réponse toute faite. Il se construisait pas à pas.

Des années plus tard, Léo montra la boussole à sa fille. Elle lui demanda :
— Elle indique vraiment le nord ?
Il sourit et répondit :
— Pas toujours. Mais elle rappelle qu’il faut en chercher un.

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