L’Evangile
« Ils se saisirent du fils bien-aimé, le tuèrent, et le jetèrent hors de la vigne » (Mc 12, 1-12)

Alléluia. Alléluia.
Jésus Christ, témoin fidèle,
premier-né d’entre les morts,
tu nous aimes, et par ton sang
tu nous délivres du péché.
Alléluia. (cf. Ap 1, 5ab)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
Jésus se mit à parler en paraboles
aux chefs des prêtres, aux scribes et aux anciens :
« Un homme planta une vigne,
il l’entoura d’une clôture,
y creusa un pressoir
et y bâtit une tour de garde.
Puis il loua cette vigne à des vignerons,
et partit en voyage.
Le moment venu, il envoya un serviteur auprès des vignerons
pour se faire remettre par eux
ce qui lui revenait des fruits de la vigne.
Mais les vignerons se saisirent du serviteur,
le frappèrent, et le renvoyèrent les mains vides.
De nouveau, il leur envoya un autre serviteur ;
et celui-là, ils l’assommèrent et l’humilièrent.
Il en envoya encore un autre,
et celui-là, ils le tuèrent ;
puis beaucoup d’autres serviteurs :
ils frappèrent les uns et tuèrent les autres.
Il lui restait encore quelqu’un : son fils bien-aimé.
Il l’envoya vers eux en dernier, en se disant :
“Ils respecteront mon fils.”
Mais ces vignerons-là se dirent entre eux :
“Voici l’héritier :
allons-y ! tuons-le,
et l’héritage va être à nous !”
Ils se saisirent de lui, le tuèrent,
et le jetèrent hors de la vigne.
Que fera le maître de la vigne ?
Il viendra,
fera périr les vignerons,
et donnera la vigne à d’autres.
N’avez-vous pas lu ce passage de l’Écriture ?
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux ! »
Les chefs du peuple cherchaient à arrêter Jésus,
mais ils eurent peur de la foule.
– Ils avaient bien compris en effet
qu’il avait dit la parabole à leur intention.
Ils le laissèrent donc et s’en allèrent.
Sa réflexion
Je lis ce passage et il me parle comme un miroir tendu devant notre quotidien : on croit avoir tout compris, on s’imagine propriétaires et garants de son propre destin, mais voilà que quelqu’un—un locataire ouvrier ou même un simple employé—vient frapper à la porte des certitudes. Dans l’évangile, on voit une histoire de terrain donné en bail, des propriétaires qui espèrent récolter des fruits, et des travailleurs qui se succèdent avec leurs calculs et leurs rancœurs. Ce qu’on entend presque entre les lignes, c’est la façon dont nos vies s’organisent autour de la propriété, du droit et de la récompense. Et puis, l’intrus arrive: le Fils est envoyé, mais les vignerons le maltraitent et le tuent. C’est saisissant, parce que ça parle aussi de ce que nous faisons avec les dons que nous recevons, de ce que nous faisons de notre temps et de notre pouvoir. Dans notre vie actuelle, on est tous un peu ces vignerons: on hérite d’un monde, on croit pouvoir tout gérer, on cherche des retours sur investissement, on se justifie par des logiques de rendement, et on oublie parfois que tout ce qui nous est donné est une confiance qui appelle une réponse responsable. Le texte nous confronte à la possibilité que notre réussite ne soit pas l’ultime verdict, mais un appel à reconnaître le don et à œuvrer pour la justice et la solidarité plutôt que l’ego. Alors, peut-être que la vraie mesure n’est pas ce que l’on possède ou ce que l’on accomplit seul, mais ce que l’on fait pour que le fruit soit partagé, pour que d’autres aient leur place, pour que la loyauté envers la vie et envers les plus fragiles reste le repère.

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