
Il était une fois un village entouré de forêts, où chaque maison avait une teinte différente. Au centre vivait Mila, qui adorait les couleurs mais craignait que trop de nuances fassent fuir les voisins. Un jour, un vent étriqué se leva et souffla sur le village, emportant les couleurs une par une, laissant les murs pâles et monotones. Les habitants se mirent à se reprocher mutuellement: «Ta couleur est trop voyante», «Ta couleur n’a pas sa place ici». Devant la tristesse générale, Mila prit la parole: «Et si on retrouvait nos couleurs en les partageant?» Alors chacun ouvrit un pot de peinture et invita ses voisins à peindre ensemble. Le rouge du toit de la boulangerie devint le signe d’un échange: une recette partagée, un sourire donné sans raison, l’aide apportée à un enfant qui hésitait à monter à vélo. Le bleu de la place devint le lieu des conversations où l’on n’employait pas le même langage, mais où l’on écoutait celui de l’autre. Le vert des jardins devint le symbole des jardins partagés et des récoltes communes. Petit à petit, les murs reprirent vie, mais surtout les cœurs s’ouvrirent. Le village avait appris que la différence n’était pas un risque mais une ressource: elle rendait chaque jour plus coloré, plus riche, et plus fort pour affronter tout ce qui pourrait venir de l’extérieur. Et lorsque l’hiver arriva, les habitants, unis par leurs teintes mêlées, se dirent: nous sommes ensemble, et ensemble, nous gardons la couleur du monde.

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