On se retrouve un peu tous les jours pris dans nos habitudes, nos petits combats, nos doutes et nos moments où l’on se dit que tout va encore plus vite que nous. Le sixième dimanche de Pâques, c’est comme une parenthèse qui s’ouvre entre deux semaines où l’ivresse du printemps nous touche et les questions qui ne partent pas: “Est-ce que je fais assez bien, est-ce que je sais écouter, est-ce que je suis vraiment présent pour les autres et pour moi-même ?” Dans cet élan, l’évangile selon Jean nous parle d’un lien simple et réconfortant: l’amour que Dieu nous porte et l’amour que nous sommes invités à vivre les uns envers les autres.

Je pense à ce mot du Christ: “Si vous m’aimez, vous observerez mes commandements.” On peut se dire vite fait que ça ressemble à une liste, une to-do list spirituelle, et parfois ça peut peser. Or, ce n’est pas une contrainte écrasante, c’est une invitation à rentrer en relation. Jésus ne dit pas “fais ceci ou fais cela pour mériter”, il dit plutôt “restez dans mon amour, comme moi je suis dans l’amour du Père et comme je suis un avec lui.” Ça change tout. L’amour n’est pas une performance; c’est une présence qui nous transforme, qui nous libère du bruit et de la peur, qui rend possible l’attention à l’autre, même quand l’autre est difficile à aimer.

Dans ce texte, on entend aussi la promesse du Consolateur, du Paraclet: “Je vous laisserai, mais je ne vous abandonnerai pas.” Ce n’est pas une bellephrase vide; c’est une assurance qui traverse les jours où l’on se sent seul dans nos choix, dans nos luttes, dans nos doutes. Le Paraclet, c’est cette présence qui aide à comprendre, qui rappelle ce que l’on a oublié, qui soutient dans les décisions les plus simples comme dans les plus lourdes. Préparer ce dimanche, c’est peut-être aussi se préparer à être ce lieu où l’on accueille l’autre, où l’on offre une oreille sans juger, où l’on ose dire “je t’écoute, parle-moi de ton cœur.” Parce que c’est là que se vit ce qui est au cœur de la foi: la relation, pas la perfection.

Comment se préparer concrètement? Pas besoin de rituels compliqués. On peut envisager quelques gestes simples qui font leurs fruits dans le quotidien:

  • prendre un moment de silence chaque jour, ne pas fuir les questions qui émergent, et se demander: “Qu’est-ce qui m’empêche d’aimer comme je suis aimé?”
  • choisir une parole qui fait du bien à l’âme et la dire à voix haute ou l’écrire pour la relire, afin qu’elle pénètre les gestes de la journée.
  • pratiquer une écoute sans résistance: quand quelqu’un parle, on respire, on s’empêche de répondre tout de suite par la solution ou le conseil, et on accueille simplement ce qui est dit.
  • repérer une manière d’agir de bonté près de chez soi: un coup de main pour un voisin, un message attentive à un ami qui traverse une période difficile, ou une présence discrète qui donne de l’espace à quelqu’un qui en a besoin.
  • ouvrir les yeux sur le besoin d’égoïsme qui peut se glisser dans nos choix et se demander: “Comment cette action peut-elle être au service de l’amour, et non de ma propre image?”

Et puis, se rappeler que ce qui nous paraît immense peut commencer par un petit pas: une parole rassurante, un sourire, une main tendue. L’évangile nous invite à rester dans l’amour, à ne pas être distraits par les peurs, à écouter la voix qui réconforte, à croire que le lien qui nous unit ne dépend pas uniquement de nos forces mais de cette présence qui nous porte plus grand que nous. C’est une invitation à vivre une vie plus vrai, plus humaine, où nos gestes simples deviennent des témoins silencieux de ce que nous croyons.

En fait, préparer ce dimanche, c’est aussi accepter que la vie ne soit pas une course de vitesse mais une marche attentive. Marcher avec ceux qui nous entourent, avec nos propres fragilités, avec le doute qui peut être un tremplin pour grandir. Je pense à notre entourage: les proches, les collègues, les inconnus qu’on croise sans les voir vraiment. Chacun porte une part de besoin d’être aimé, d’être compris, d’être relevé. Et si chacun de nous peut devenir ce petit signe – une parole qui rassure, une présence qui écoute, une aide qui se propose sans discours – alors le message du dixième chapitre de Jean prend toute sa force: l’amour qui est donné, et la joie qui en découle, même dans les jours ordinaires.

Alors, en ce sixième dimanche de Pâques, prenons le temps de nous rappeler que nous sommes aimés, que nous sommes invités à aimer, et que, peu importe les vents qui soufflent, cette présence qui nous accompagne ne nous lâche pas. Que chaque jour, nous puissions faire un pas vers l’autre, et peut-être, de ce fait, toucher un peu plus de luminosité autour de nous, comme un fil d’espoir qui relie nos vies à une réalité plus vaste et plus tendre que nos hésitations.

Laisser un commentaire