L’homélie du 5ème dimanche de Pâques A.

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, on nous parle dans les Actes des Apôtres d’un petit épisode qui peut nous sembler technique ou administratif, et pourtant il dit quelque chose de profond sur notre vie de toutes les jours. Dans Ac 6,1-7, on voit surgir une tension dans la première communauté: les disciples grandissent, la foule devient diverse, les besoins se multiplient, et il faut organiser les choses pour que chacun puisse trouver sa place. On voit des hommes se lever, appelés à servir, pour que la parole de Dieu ne soit pas entravée et que les tables soient aussi bien tenues que la foi qui se transmet.

Qu’est-ce que cela nous dit, aujourd’hui, dans nos vies? Cela nous parle de l’équilibre fragile entre la vie spirituelle et la vie pratique. Beaucoup d’entre nous savent que la foi ne se réduit pas à des moments de prière et à des célébrations du dimanche: elle se vit aussi dans la manière dont nous prenons soin les uns des autres au quotidien, dans la gestion des choses simples comme la nourriture, le travail, l’accueil des nouveaux venus, la façon dont on écoute ceux qui souffrent, dont on répond à des besoins concrets. Dans ce texte, le problème n’est pas le conflit, mais la vocation: qui peut être choisi, pour que le service des tables et la promesse de la parole avancent ensemble?

Les apôtres répondent en invitant des hommes « de bonne réputation, remplis d’Esprit Saint et de sagesse » et les mettent à ce service, afin que eux-mêmes puissent consacrer du temps à la prière et au service de la parole. Et le texte continue: « La parole de Dieu se répandait, et le nombre des disciples augmentait ». Le message est clair: lorsque la communauté s’organise de manière humaine et humble, quand on donne chacun sa place selon ses dons, alors Dieu peut agir librement et la vie de foi peut prendre de l’ampleur.

C’est précisément ce qui peut résonner en nous aujourd’hui. Combien de fois, nous, nous demandons: « Où est ma place ? Comment mes dons peuvent-ils servir le Seigneur et la communauté sans me brûler ou sans que cela devienne une simple corvée ? ». La réponse n’est pas de tout laisser faire et de tout confier à une élite, ni d’imaginer que la vie spirituelle consiste seulement à « être au feu » d’un moment liturgique. Non. C’est une invitation à responsabiliser chacun selon ce qu’il est capable d’offrir, dans la simplicité et la joie.

Pensez à nos propres vies: nos lieux de travail, nos familles, nos paroisses, nos associations. Nous avons tous des « dons » qui font que les choses avancent: l’écoute attentive, le sens de l’organisation, la tendresse, la capacité de se mettre à la suite du Christ dans l’humilité. Et cela ne se fait pas sans doute: il faut choisir des personnes, leur donner une tâche, les accompagner, leur faire confiance. C’est un élan qui libère la parole et rend plus vivante la charité.

Mais il y a un second ressort à ne pas oublier: les premiers serveurs choisis ne prennent pas soin d’eux seuls. Ils sont « remplis d’Esprit Saint et de sagesse ». Ce n’est pas une compétence humaine pure; c’est un don dont ils se nourrissent par la prière et par la vie communautaire. Ils sont insérés dans un cadre qui les dépasse: la communauté, mais aussi le Christ qui les envoie. C’est là que réside la vraie liberté: plus nous nous ouvrons à la vie de Dieu, plus nous pouvons être libres pour servir, sans calcul ni peur.

Alors, qu’est-ce que cela implique pour nous, ici et maintenant? D’abord, osons dire notre besoin: nous ne sommes pas des îlots autosuffisants. Nous avons besoin les uns des autres, et chacun peut apporter quelque chose — une main tendue, une idée, un sourire, une présence. Ensuite, osons nommer ces dons, et confier des responsabilités, avec la sagesse et la prière comme repères. Enfin, cherchons à ce que nos gestes concrets ne prennent pas la place de la prière et de l’écoute du Christ, mais qu’ils soient la lumière qui permet à la parole de Dieu de se dire et de se vivre dans notre quotidien.

Dans cette dynamique, la vigne continue de pousser et la communauté grandit. Mais ne perdons pas de vue une conviction: c’est Dieu qui donne la croissance. Nous pouvons organiser, planifier, déléguer: tout cela est nécessaire et bon, mais cela doit être tourné vers la Pentecôte qui est donnée à chacun et qui souffle sur toute œuvre faite dans l’amour et la vérité. Alors, dans nos maisons, nos lieux de travail, nos paroisses, que chacun puisse trouver sa place pour servir, non par contrainte, mais par joie, dans l’Esprit Saint.

Que cette parole des Actes nous accompagne comme un miroir et comme une promesse: si nous nous ouvrons au service avec les dons que Dieu nous a donnés, si nous nous laissons guider par la prière et la sagesse, alors la parole de Dieu se répandra de manière toujours plus forte dans nos vies et autour de nous.

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