L’homélie du 3ème dimanche de Pâques A.

Frères et soeurs,

Ils étaient deux, ce jour-là, qui rentraient de Jérusalem, la tête encore lourde des mots qui ont frappé leur cœur: “leurs amis sont morts, tout s’est écroulé, notre espérance aussi.” Et puis, au détour d’un chemin, quelqu’un les rejoint, sans qu’ils le reconnaissent tout de suite. Il leur demande: « De quoi parlez-vous en marchant? » Ils s’arrêtent, surpris peut-être, et racontent ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont cru voir, ce qu’ils n’arrivent pas à croire: les femmes du matin ont trouvé le tombeau vide, des visions leur ont parlé de vie qui commence là où on ne l’attend pas, et pourtant rien de palpable ne ressemble à une victoire immédiate. C’est là que la distance entre ce qu’ils pensent et ce qu’ils vivent se révèle: Jésus parle et guide leurs réflexions à partir des Écritures, pas par des miracles spectaculaires d’emblée, mais par une invitation à lire ce qui a été dit, à comprendre ce qui s’est passé et pourquoi cela compte pour aujourd’hui. « Ne brûle pas ton cœur? » lui disent-ils, comme s’ils avaient besoin d’un compagnon de route qui ne les juge pas mais qui éclaire le chemin.

Ce qui choque le plus, ce n’est pas la résurrection qui s’imposerait comme une évidence, mais ce que Jésus fait ensuite: il se fait reconnaître lors de la fraction du pain, il s’offre à leur regard comme une présence qui transforme leur mémoire et leur futur. Et nous, dans notre vie trépidante, avec nos messages, nos doutes, nos rendez-vous manqués et nos petites morts quotidiennes, nous sommes invités à laisser le chemin s’ouvrir: écouter, lire, se laisser interpeller par l’Écriture, accueillir la surprise que Dieu peut venir sans prévenir, et reconnaître, dans un geste simple, une présence qui nous porte au-delà de nos peurs. Nous sommes envoyés, comme eux, à témoigner, à partager la route et la joie qui renaissent lorsque l’amour ne se contente pas de rester caché, mais se rend présent, concret, sauveur.

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