Alors voilà, on est à quelques jours du trentième dimanche du temps ordinaire, et l’Évangile qu’on va entendre, c’est ce fameux passage de Matthieu où un docteur de la loi vient tester Jésus. Il lui demande : « Quel est le plus grand commandement de la Loi ? » Et Jésus répond avec cette phrase qu’on connaît tous, même ceux qui ne mettent jamais les pieds à l’église : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur… et tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Franchement, quand on regarde l’actualité en ce moment, cette question du « prochain » elle nous tombe dessus de plein fouet. On vit une époque où tout pousse à se replier sur soi, à se méfier de l’autre. Regardez ce qui se passe avec les débats sur l’immigration, les tensions un peu partout dans le monde, les guerres qui n’en finissent pas, Gaza, l’Ukraine, et tant d’autres conflits qu’on oublie parce qu’ils sont moins médiatisés. On a l’impression que le « prochain », c’est de plus en plus celui qui nous ressemble, qui pense comme nous, qui vote comme nous. Alors qu’est-ce que ça veut dire vraiment, aimer son prochain comme soi-même, dans un monde pareil ?
Je crois que la première chose, c’est d’accepter que ce commandement, il n’est pas confortable. On aimerait bien que Jésus nous dise juste « sois gentil de temps en temps », mais non, il met sur le même plan l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Il dit même que toute la Loi et les Prophètes reposent là-dessus. Ça veut dire que notre foi, si elle reste entre les murs d’une église, si elle ne descend pas dans la rue, dans nos relations avec nos collègues, nos voisins, les gens qu’on croise et qu’on préfère parfois ignorer, ben elle sert à rien.
Et puis il y a cette histoire des réseaux sociaux, qui n’existaient évidemment pas à l’époque de l’Évangile, mais qui posent la question du prochain d’une manière nouvelle. On peut aujourd’hui « aimer » virtuellement des milliers de gens, liker des posts, partager des messages de solidarité, mais est-ce qu’on est vraiment capable d’aimer concrètement la personne qui vit à côté de chez nous, celle qui nous agace, celle qui pense différemment ? Le prochain, dans l’Évangile, c’est pas un concept abstrait, c’est quelqu’un de concret, avec un visage, une histoire, souvent des soucis qu’on ne connaît pas.
Se préparer à ce dimanche, je pense que ça veut dire d’abord se poser honnêtement la question : qui est mon prochain aujourd’hui ? Est-ce que c’est facile pour moi d’aimer ceux qui sont différents, qui viennent d’ailleurs, qui n’ont pas les mêmes idées politiques que moi ? On vit une période où la société se fracture, où on catégorise vite les gens, où le débat public ressemble souvent à un combat plutôt qu’à un dialogue. L’Évangile nous invite à faire l’inverse : à voir dans l’autre, même celui qui nous dérange, quelqu’un que Dieu aime tout autant que moi.
Et puis il y a cette dimension personnelle aussi. Aimer son prochain « comme soi-même », ça suppose qu’on s’aime soi-même correctement, qu’on ne soit pas dans le mépris de soi ou dans l’orgueil excessif. Avec tout ce qu’on nous vend aujourd’hui sur la performance, l’image parfaite qu’il faut donner sur les réseaux, la comparaison permanente, beaucoup de gens n’arrivent plus à s’aimer eux-mêmes sainement. Du coup, comment voulez-vous qu’ils arrivent à aimer vraiment les autres ?
Je crois que se préparer à ce dimanche, concrètement, ça peut être tout simple : prendre un moment dans la semaine pour repenser à une relation compliquée qu’on a, avec un collègue, un membre de la famille, un voisin, et se demander sincèrement comment on pourrait poser un petit geste d’amour envers cette personne. Pas des grandes déclarations, juste un geste simple, un appel, une écoute, un pardon qu’on n’a pas encore donné.
Ce commandement, il est vieux comme le monde, mais il n’a jamais été aussi actuel. Dans une époque de division, de polarisation, de vitesse et d’indifférence, revenir à cette parole toute simple, « aime Dieu, aime ton prochain », ça peut sembler presque naïf. Mais c’est peut-être justement ce dont on a le plus besoin aujourd’hui.

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