On confond souvent partager et se sacrifier complètement, comme si l’un ne pouvait exister sans l’autre. Mais est-ce vraiment ça, le partage chrétien ?

Regardons Jésus : il donne sa vie, oui, mais il ne se détruit pas lui-même bêtement. Il prend soin de lui, il se retire pour prier, il se nourrit, il dort. Le partage n’est pas une négation de soi, c’est un mouvement du cœur vers l’autre, sans pour autant s’effacer complètement.
Partager, c’est d’abord une question d’attention. C’est remarquer que l’autre a besoin de quelque chose – de temps, d’écoute, de nourriture, de réconfort – et choisir librement d’y répondre. Ce n’est pas donner jusqu’à l’épuisement, jusqu’à se vider entièrement. Sinon, on finit par ne plus rien avoir à offrir, et on tombe dans l’épuisement, voire dans le ressentiment.
L’évangile nous parle souvent de générosité, mais jamais d’auto-destruction. La veuve qui donne ses deux piécettes donne « de son nécessaire », certes, mais elle continue à vivre. Elle ne se prive pas de tout jusqu’à mourir de faim.
Partager, c’est aussi accepter de recevoir. On ne peut pas être toujours du côté de celui qui donne. Il y a une justice, un équilibre dans la relation. Celui qui donne tout, sans jamais recevoir, finit déséquilibré, et parfois même, il écrase l’autre sous le poids de sa générosité, qui devient alors un fardeau.
Alors non, partager n’est pas tout donner. C’est donner ce qu’on peut, avec authenticité, sans se mentir à soi-même sur ses limites. C’est faire de la place à l’autre dans sa vie, sans pour autant disparaître soi-même. Le vrai partage respecte les deux personnes : celui qui donne et celui qui reçoit, dans un mouvement d’amour réciproque et durable.

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