On a parfois cette image un peu fausse du croyant : quelqu’un de détaché, les yeux tournés vers le ciel, presque indifférent à ce qui se passe autour de lui. Comme si croire en Dieu voulait dire se désengager du monde, laisser tomber les responsabilités terrestres parce que « de toute façon, l’essentiel est ailleurs ». Mais c’est une caricature qui ne tient pas la route, et l’Évangile nous le montre bien.

Jésus lui-même, quand on l’interroge sur l’impôt, ne dit jamais qu’il faut fuir les réalités concrètes. Il dit de rendre à César ce qui est à César. Autrement dit, il reconnaît la légitimité de nos engagements dans la société, dans le travail, dans la famille, dans la vie civique. La foi ne nous exempte de rien. Elle ne nous donne pas un passe-droit pour éviter nos responsabilités.
Regardez les grandes figures chrétiennes de l’histoire : elles n’étaient pas des gens repliés sur eux-mêmes, priant dans leur coin en attendant le paradis. Elles étaient au contraire souvent en première ligne, s’occupant des pauvres, luttant contre les injustices, s’investissant dans l’éducation, la santé, la politique parfois. Leur foi ne les a pas éloignées du monde, elle les y a plongées encore plus profondément.
Aujourd’hui, cette tentation existe encore, sous d’autres formes. On pourrait se dire : « Je prie, je vais à la messe, donc j’ai fait ma part. » Mais et le voisin qui galère ? Et l’injustice au travail ? Et l’engagement associatif, politique, écologique ? La foi au Dieu de Jésus-Christ, c’est justement une foi qui pousse à s’engager, pas à se désengager. Parce que si Dieu s’est fait homme, c’est bien qu’il a pris au sérieux notre condition humaine, avec toute sa complexité, ses combats, ses efforts quotidiens.
Croire, ce n’est pas se retirer du monde en attendant des jours meilleurs ailleurs. C’est au contraire y être pleinement présent, avec toute sa force et sa conviction, en essayant d’y apporter un peu plus de justice, un peu plus d’amour, un peu plus d’humanité. La foi n’endort pas, elle réveille. Elle ne détache pas du monde, elle y attache plus fort, avec un sens et une direction.

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